Vienne à livre ouvert 1800-1900

19 nov. 2015

Vienne à livre ouvert 1800-1900

«Vienne à livre ouvert 1800-1900» est un voyage à travers la pensée musicale de deux groupes de compositeurs que les musicologues ont réunis sous des vocables qui se répondent : première école viennoise et seconde école viennoise.

Bien que deux des compositeurs dont il s'agit soient nés dans ce qui n'était pas encore à l'époque l'Allemagne, leur activité et leur influence ont fleuri à l'ombre des Habsbourg : Christoph-Willibald Gluck et Ludwig van Beethoven.
Ecole ne signifie en rien que ces principaux acteurs professaient un même credo ou enseignaient des principes dogmatiques au sein d'une institution qui les auraient tous abrités.
C'est avec le recul de l'histoire que des caractères communs se sont dégagés jusqu'à former, pour leurs inconditionnels, des sortes de saintes-trinités plus ou moins élargies.

Un grand professeur d'analyse musicale schoenberguienne de l'Académie de Musique de Vienne, Karlheinz Fûssl, soulignait encore récemment en souriant à ses étudiants : «avant la guerre, Beethoven était un dieu, maintenant, c'est un classique viennois... c'est-à-dire beaucoup moins !»

Gluck, Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert, les saints de cette première école viennoise ne savaient pas que Schoenberg, Webern et Berg seraient cent ans après les continuateurs et extrapolateurs de leurs évangiles. Le chevalier Gluck (1714-1787) et Beethoven (1770-1827) se voyaient eux-mêmes en novateurs. Plus près de la vérité humaine, pour Gluck, plus près de la transcendance humaine, pour Beethoven. Joseph Haydn (1732-1809) et Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) se voyaient en dépositaires d'un don de Dieu et en voulant, selon le mot de Mozart, «Mettre ensemble les notes qui s'aiment» , atteignaient au sublime. Franz Schubert (1797-1828), en ancrant son langage dans une sophistication moins affichée, faisait entendre une voix sans la grandiloquence occasionnelle de Beethoven, dont la perfection l'inhibait, et qui est restée celle la plus parfaite vérité émotionnelle, humble et vraie.

C'est la voix de Schubert et son agencement des blocs de grandes dimensions dans ses dernières symphonies que l'on retrouve chez Anton Bruckner et Gustav Mahler.
Claude Debussy ne s'y est pas trompé lorsqu'il s'extirpa du public qui écoutait la création parisienne de la deuxième symphonie de Mahler, Résurrection, en s'exclamant qu'il y avait (à son goût !) trop de Schubert dans cette musique.

Arnold Schoenberg (1874-1951) est le plus extraordinaire autodidacte de l'histoire. Il a rassemblé les éléments qui «faisaient» la musique de son époque (les langages opposés de Brahms et de Wagner) pour les porter à leur ultime niveau d'accomplissement dans son poème symphonique Pelleas und Melisande que nous vous proposerons en juin 2016. Continuant sa logique, et dépassant les limites du vocabulaire postromantique, Schoenberg explora en précurseur le dodécaphonisme et le sérialisme.

Alban Berg (1885-1935), créant l'opéra moderne avec ses chefs-d'oeuvre Wozzeck et Lulu, et Anton Webern (1883-1945), célébrant les noces du silence et de la musique la plus pure, la plus expressive et la plus ramassée, complètent cette trinité qui nous laisse, en plus des champs ouverts à l'atonalité et à la modernité du langage musical, des oeuvres impérissables d'une beauté et d'une force saisissantes.