Entretien avec Ketevan Kemoklidze

11 févr. 2016

Entretien avec Ketevan Kemoklidze

Interprète de Rosina, Il Barbiere di Siviglia

Par André Peyrègne

André Peyrègne : Quand avez-vous décidé de devenir chanteuse d’opéra ?
Ketevan Kemoklidze : En Géorgie, mon pays natal, nous avons une grande tradition du chant. Dès l’enfance, je chantais des musiques folkloriques avec ma sœur. Plus tard, j’ai chanté dans un chœur. Le chef a remarqué ma voix. Je suis alors allée voir un professeur de chant, à Tbilissi : un professeur avec lequel je travaille toujours. J’ai étudié également les mathématiques et la peinture. Mais c’est le chant qui m’attirait le plus. Cela étant, arriverais-je à gagner ma vie en chantant dans un pays en pleine crise, où des gens n’avaient parfois ni nourriture, ni eau, ni électricité, et où je faisais des kilomètres à pieds pour aller à l’école, les transports publics ne fonctionnant plus ? J’ai donc décidé de m’inscrire à l’Université pour suivre des études d’économie. J’ai obtenu un master. C’est ainsi que je suis entrée au Ministère des Finances, tout en commençant à chanter un peu partout en Géorgie, avec les orchestres et les chefs les plus importants du pays. Puis, un jour, j’ai tenté le concours du Belvédère à Vienne. Je l’ai gagné. Cela a lancé ma carrière lyrique.

Avez-vous déjà chanté Le Barbier de Séville ?
Le Barbier de Séville est l’opéra que j’ai le plus chanté. Je l’ai fait à la Scala de Milan, au Liceu de Barcelone, à l’Opéra de Berlin, à l’Opéra national de Washington, au Teatro Massimo de Palermo, à l’Opéra de Marseille, au Capitole de Toulouse, à l’Opéra de Santiago, etc. Ça a toujours bien marché, je n’ai que des bons souvenirs.

Quel type de voix le rôle de Rosine nécessite-t-il ?
Même si je suis amusée d’entendre des Rosine chantées par des sopranos, je préfère de beaucoup Rosine en mezzo. D’abord parce que ça convient mieux au caractère d’un personnage espagnol. Les Espagnoles ont des intonations graves dans leurs voix. Ensuite, je trouve tout simplement que cela convient au caractère-même de Rosine dans l’opéra de Rossini. Rosine exprime beaucoup mieux sa personnalité déterminée par l’intermédiaire d’une voix plus grave. Ce rôle réclame une technique vocale « athlétique », vu l’ampleur de sa tessiture.

Aimez-vous ce personnage de Rosine ?
Je me sens proche d’elle car elle prône la liberté amoureuse. Elle n’autorise personne à décider de sa vie pour elle. J’aime cela. Dans l’histoire de l’opéra, même si c’est Figaro qui tire les ficelles, je pense qu’il est lui-même manipulé par Rosine.

Que chanterez-vous prochainement ?
Alexandre Nevsky de Prokofiev à Valence en Espagne, les Kindertotenlieder de Mahler à Tbilisi, Linda di Chamou nix de Donizetti à Rome, Rigoletto de Verdi aux Soirées Lyriques de Sanxay.