Portrait de Nelson Freire

25 févr. 2016

Portrait de Nelson Freire

Virtuosité à la brésilienne...

Par Sofiane Boussahel

Prendre la mesure de l’ampleur du phénomène Nelson Freire nécessite que l’on remonte aux toutes premières années d’un brillant parcours

Aujourd’hui âgé de soixante-dix ans, célébré comme l’un des pianistes les plus importants aujourd’hui en activité, Nelson Freire voit très tôt sa carrière de soliste prendre son envol. Encouragés par son talent très précoce et prometteur, les parents de Freire se montrent décidément très bien inspirés lorsqu’ils choisissent de quitter la région des « mines communes », les Minas Gerais, pour s’installer à Rio de Janeiro, alors capitale fédérale du Brésil.

Il y étudie le piano avec notamment Lucia Branco, disciple d’un élève de Liszt. Un premier tournant survient en 1957 quand l’adolescent prodige arrive 7e au Concours international de Rio en tant que plus jeune lauréat, devant un jury composé entre autres de Margue rite Long, Lili Kraus, mais aussi de la pianiste brésilienne Guiomar Novaes. Nelson Freire voit son inter prétation du Concerto pour piano L’Empereur de Beethoven diffusée à la radio nationale.

Après un disque Chopin, il peut grâce à une bourse présidentielle compléter sa formation à Vienne auprès de Bruno Seidlhofer. Il fera la connaissance dans la capitale autrichienne de Martha Argerich, avec qui il forme un duo de légende, toujours en activité ces dernières années.

Malheureux aux concours et rentré au Brésil sans lauriers en 1962, Freire reprend confiance en ses dons pianistiques en se replongeant dans la musique de Brahms, l’un de ses compositeurs fétiches depuis l’adolescence. Les récompenses viendront : à commencer par une médaille Dinu Lipatti à Londres, à l’âge de vingt ans, la même année un Grand Prix du concours Vianna da Motta à Lisbonne. Plus tard, en 1972, arrive une première récompense discographique avec un Prix Edison pour les Préludes de Chopin. Entretemps, il a gravé Schumann, Grieg, Tchaïkovski, auxquels il ajoute Bach, Brahms ou encore Liszt : notons une superbe Totentanz avec la Philharmonie de Munich, rien de moins qu’une collaboration avec Rudolf Kempe, près de trois décennies plus tard les concertos du même Liszt avec la Philharmonie de Dresde et le chef d’orchestre français Michel Plasson.

Après les premières gravures pour CBS en 1967, suite à la signature d’un contrat d’exclusivité chez Decca en 2002, Nelson Freire s’est également distingué par le disque Harmonies du soir, hommage discographique récent à Franz Liszt, et des Préludes de Debussy.

Visant la poésie, la concentration et l’humilité dans son jeu pianistique, Nelson Freire est d’un naturel solitaire, discret quant à sa vie privée et peu enclin à l’intellectualisation de la musique – il n’accorde de ce fait quasi ment jamais d’interview.

Enfin, un portrait de Freire ne serait pas complet si l’on omettait de mentionner la sensibilité éruptive qu’il a laissé s’exprimer dans ses interprétations du répertoire brésilien, en particulier de l’œuvre d’Heitor Villa-Lobos.