Entretien avec Tobias Kratzer

7 mars 2016

Entretien avec Tobias Kratzer

A la rencontre du metteur en scène des Huguenots

PHOTO : © Matthias Baus

 

Par Christophe Gervot

Traduit de l’anglais par Lucie Capdeville

 

Portrait de Tobias KratzerChristophe Gervot : Votre mise en scène des Huguenots de Meyerbeer a déjà été représentée en 2014 à Nuremberg sous la direction musicale de Guido Johannes Rumstadt. Que représente pour vous cette œuvre du grand opéra français ?

Tobias Kratzer : C’est pour moi une pièce centrale, non seulement parce qu’elle traite d’une période importante de l’histoire française, mais aussi par les questions esthétiques qu’elle soulève. Comment traiter des atrocités historiques en musique, ou dans l’art en général, sans risquer un embellissement inoffensif L’art est-il le miroir qui devrait refléter la cruauté du monde ou doit-il ne constituer qu’une alternative utopiste ? Ces interrogations me paraissent essentielles et seront présentes dans notre mise en scène.

 

Comment justement présenteriez-vous votre spectacle ?

Venez à Nice, et vous verrez ma vision…

 

En 2014, vous avez également mis en scène Les maîtres-chanteurs de Nuremberg de Richard Wagner à Karlsruhe. Quel souvenir en gardez-vous ?

Le meilleur des souvenirs, deux conceptions différentes s’offraient à moi. Une fois que j’ai cependant décidé de suivre le chemin de Stolzing vers sa propre « voix », parmi une multiplicité d’exemples historiques, l’approche la plus personnelle s’avéra finalement la plus populaire, où chacun pouvait se retrouver.

 

Vous retrouverez Richard Wagner notamment en 2019 pour Tannhaüser au Festival de Bayreuth. Que ressentez-vous face à un tel projet ?

C’est encore loin et je m’interdis aujourd’hui, autant que possible, toute pensée à propos de ce spectacle. J’ai déjà mis cet opéra en scène, dans sa soi-disant « version parisienne », mais je suis convaincu que la version de Dresde, que je ferai à Bayreuth, est toute autre, et nécessitera une approche radicalement différente.

 

Parmi les temps forts de votre carrière, on vous doit un Chevalier à la rose à Brême en 2010 et 2012. Quelles émotions suscite en vous la musique de Richard Strauss ?

J’ai des sentiments très mêlés. Parmi tous les opéras que j’ai mis en scène jusqu’à présent, Le chevalier à la rose est celui que j’aimais le moins écouter durant le processus de préparation et de conception du spectacle. Mais la période de répétitions m’a procuré de grandes joies. Elektra est pour moi une grande symphonie vocale, que j’aimerais un jour mettre en scène comme une performance. La plupart des dernières pièces de Richard Strauss sont méconnues, mais il y a encore de passionnants secrets à révéler.

 

Quels sont les autres projets qui vous tiennent à cœur ?

J’ai jusqu’à présent principalement travaillé sur des œuvres du XIXe siècle. Je suis donc vraiment impatient de m’aventurer plus avant dans des territoires musicaux comme le baroque français avec Rameau, Mozart à ses débuts, ou l’opéra comique. Ce que je vais faire la saison prochaine…