Entretien avec Bruno Delepelaire

8 mars 2016

Entretien avec Bruno Delepelaire

Le premier violoncelle solo du Philharmonique de Berlin interprétera le concerto de Dvořák les 27 et 28 mai

PHOTO : © Felix Broede

 

Par André Peyrègne

 

Bruno Delepelaire est le jeune prodige français du violoncelle dont tout le monde parle. À vingt-six ans, il occupe l’un des postes de violoncelliste soliste les plus enviés au monde, celui du Philharmonique de Berlin. Retour sur un parcours lumineux.

 

André Peyrègne : Comme tous les ex-enfants surdoués, vous allez nous expliquer qu’étant petit on vous a mis un violoncelle entre les mains et que vous vous êtes mis à en jouer spontanément ?

Bruno Delepelaire : Pas du tout, j’ai commencé par jouer du piano, à Paris, ma ville natale. Je n’avais nulle idée de faire du violoncelle. Et puis, un jour, ma grand-mère, qui exerçait le métier de psychiatre, a eu l’idée de se mettre à la musique. Elle a choisi d’apprendre le violoncelle. J’ai aimé le son de cet instrument et, pour faire comme ma grand-mère, je me suis mis à étudier le même instrument qu’elle.

 

Mais vous avez fait des progrès plus rapides qu’elle !

Je suis obligé de le reconnaître. J’avais cinq ans lorsque j’ai commencé à étudier avec Erwan Fauré, professeur à la Schola Cantorum de Paris. Je suis ensuite entré au Conservatoire de Paris dans la classe de Philippe Muller où j’ai obtenu un premier prix de perfectionnement à l’unanimité en 2008.

 

Avez-vous tout de suite été attiré par le métier de musicien d’orchestre ?

Pas uniquement. J’ai également beaucoup pratiqué la musique de chambre. J’ai participé à la création du Quatuor Cavatine. J’ai pris des cours avec le Quatuor Ysaÿe. C’est en tant que musicien de chambre que j’ai été amené à venir jouer dans votre région. C’était au Festival de quatuors à cordes de Fayence, avec le quatuor Cavatine.

 

À part cela, êtes-vous déjà venu sur la Côte d’Azur ?

Jamais. Ni en tant que musicien, ni en tant que touriste.

 

Dans le domaine de l’orchestre, quel a été votre parcours ?

J’ai été violoncelle solo du New York String Orchestra Seminar pendant deux ans, puis membre de l’Orchestre des Jeunes de l’Union Européenne. J’ai fait également partie du Gustav Mahler Jugendorchester ainsi que de l’Orchestre des jeunes du Festival de Verbier en Suisse.

 

C’est alors que vous avez passé vos premiers concours d’orchestre professionnels ?

Oui, le premier concours a été pour le Mahler Chamber Orchestra, qui est basé à Berlin. J’ai été recalé. Deux semaines après cet échec, je tente, avec toute l’inconscience de ma jeunesse, le concours pour un poste que je sais convoité par les meilleurs violoncellistes du monde, celui de soliste à l’Orchestre Philharmonique de Berlin. J’y vais, bien sûr, en dilettante, « pour voir », pour me frotter à l’épreuve d’un grand concours, mais bien sûr en aucune façon pour gagner. Et c’est moi qui ai été pris ! Pour l’épreuve finale, nous restions, les deux « rescapés » des éliminatoires plus huit qui, vu l’excellence de leur parcours professionnel international, avaient été dispensés des épreuves.

 

Quelle a été votre réaction à l’annonce des résultats ?

L’incrédulité ! Je n’arrivais pas à réaliser qui était pris ! Moi, violoncelle solo du Philharmonique de Berlin ! C’était inimaginable !

 

Vous avez retrouvé d’autres Français au sein de cet orchestre ?

Oui, nous sommes une huitaine… dont la harpiste soliste Marie-Pierre Langlamet qui est niçoise.

 

Vous nous parlez de votre premier concert avec la Philharmonie de Berlin ?

En fait, la toute première fois – celle qui m’a marqué à vie – n’est pas professionnelle mais remonte à l’époque où j’étais étudiant à l’Académie d’orchestre à Berlin, et, j’avais participé en tant que stagiaire à l’interprétation de la Troisième Symphonie de Beethoven sous la direction de Bernard Haitink. L’énergie émanant de l’orchestre était incroyable. Je me suis senti immédiatement emporté par cette énergie. Je me suis appliqué dès le début à m’adapter au son particulier du Philharmoniker. Les grands orchestres ont des sonorités qui leur sont propres, que l’on retrouve au concert et au disque. Il faut savoir cultiver et perpétuer cela. Cela fait partie du travail des solistes et des musiciens.

 

Depuis votre entrée comme professionnel, vous avez dû vivre des moments extraordinaires ?

Oui, je me souviendrai toute ma vie de la Deuxième Symphonie de Mahler sous la direction de Simon Rattle. Il y a eu aussi les tournées en Angleterre avec les symphonies de Sibelius. Je ne les connaissais pas. Découvrir un répertoire nouveau fait partie des richesses du métier…

 

À Nice, vous allez jouer Dvořák. Vous l’avez joué de nombreuses fois ?

Bien sûr, tout au long de mes études, mais toujours accompagné au piano. Jamais à l’orchestre. Le concerto de Dvořák est aussi celui que j’ai joué pour le concours d’entrée au Philharmonique de Berlin. Vous imaginez à quel point ce concerto me porte chance !… La seule fois où je l’ai joué avec orchestre est lors du Concours international de Markneukirchen en 2013, où j’ai obtenu un premier prix. Mais c’est à Nice que je le jouerai pour la première fois en concert avec orchestre.

 

Avez-vous des références d’interprétation ?

Oui, j’adore les enregistrements de Jacqueline du Pré et de Yo-Yo Ma. Il n’empêche, ce que je veux proposer au public n’est pas une reproduction de ces interprétations-là, mais une interprétation personnelle. Si chaque interprète se contentait de reproduire ce que d’autres ont fait, les concerts seraient sans intérêt !