Nicola Beller Carbone, interpète de Medea

7 avr. 2016

Nicola Beller Carbone, interpète de Medea

Un rôle redoutable

PHOTO : © Caroline Labege

 

Christophe Gervot : Pourquoi Médée est-il un rôle tellement redoutable ?

Nicola Beller Carbone : Parce qu’il y a une succession d’airs, de duos, d’ensembles et un finale interminable avec chœurs. La tessiture, assez ample, est celle d’une soprano spinto dramatique et va du grave au très aigu. Le rôle comporte des éléments étonnants sur le plan harmonique, plutôt avant-gardistes pour l’époque. Chaque air est très dramatique et s’achève sur une note inattendue. Le thème de l’opéra est à la fois brutal et existentiel. Il nécessite un contrôle de soi pour ne pas perdre la voix.Il s’agit tout de même d’incarner une femme qui peut tuer ses enfants, ce qui est inimaginable !

 

Vous êtes une immense Tosca, et vous l’avez notamment interprétée à Nice en 2008. Quel souvenir gardez- vous de la vision proposée la même année par Patrice Caurier et Moshe Leiser à l’Angers-Nantes Opéra ?

C’était passionnant ! Patrice Caurier et Moshe Leiser font découvrir sous chaque mot un sens différent, en travaillant sur la psychologie du personnage. Le jeu est pour eux comme une partie de ping-pong, où l’on adresse une motivation à son partenaire pour qu’il nous donne quelque chose en retour. Leur vision était très réaliste, comme au cinéma : Scarpia découpait la robe de la cantatrice sur Vissi d’arte, dans une violence extrême, tandis que Tosca et Mario chantaient leur ultime duo sans se voir, séparés par le mur de la prison.

 

Vous interprétez aussi régulièrement Richard Strauss: vous avez été Salomé plusieurs fois ainsi que Chrysothémis dans Elektra cette saison à Montréal. Quelles émotions ce compositeur vous procure-t-il?

C’est une musique pleinement romantique, à la fois parfumée et sensuelle, qui vous plonge dans une véritable ivresse. Je vais reprendre le rôle de la teinturière de La femme sans ombre à Wiesbaden, et adorerais chanter la maréchale du Chevalier à la rose.

 

Quels sont les autres projets qui vous tiennent à cœur ?

Je vais participer à Séville au Roi Candaule de Zemlinsky (d’après André Gide), dont je chanterai aussi Le Nain en version de concert à Naples. En 2017, je serai à Madrid pour La villana d’Amadeo Vives au Teatro de la Zarzuela, puis Bomarzo d’Alberto Ginastera au Teatro Real. Ensuite, je ferai mes débuts au Teatro Colón de Buenos Aires dans Mahagonny de Kurt Weill. J’enseigne également depuis trois ans et j’organise chaque été In canto : une semaine de workshop centrée aussi sur le jeu et l'interprétation à Tignano, en Toscane.