Révolution d'octobre

27 sept. 2016

Révolution d'octobre

Par son brio, le Ballet Nice Méditerranée gravite autour d’un art de danser qui fait les délices du public et la joie des amateurs. Nouvel exemple en est donné cet automne

Par Franck Davit

En septembre, il était au théâtre de Verdure pour le lancement de sa saison. On le retrouve en octobre sur la scène de sa maison, à l’Opéra : le Ballet Nice Méditerranée est dans la lumière et sa riche actualité lui donne une fois de plus l’occasion de s’illustrer sous différentes facettes.

« Mais », tient à préciser Éric Vu-An, le directeur de la compagnie niçoise, « Notre ligne éditoriale en quelque sorte, c’est l’excellence du ballet classique. C’est ce qui sous-tend tout notre travail et c’est ce que je m’efforce de faire passer auprès de « mes » danseuses et danseurs. Une fois posé ce préalable, on est toujours heureux, au sein du Ballet Nice Méditerranée, de faire des pas de côté pour explorer d’autres registres chorégraphiques, d’autres modes d’expression artistique qui enrichissent notre répertoire et, je l’espère, notre qualité d’interprétation ».

Illustration de ces propos, les soirées d’octobre au cours desquelles la formation de l’Opéra va donner la pleine mesure de ses talents, sur un fil classique teinté de néoclassique et même de contemporain. Trois œuvres sont au programme de ces représentations : Raymonda, d’après Marius Petipa, ballet remonté par les soins d’Éric Vu-An, Gnawa, de Nacho Duato, et une toute nouvelle création qui entre au catalogue de la compagnie, L’Arlésienne de Roland Petit. Trois pépites où le bonheur de danser prend des incarnations différentes mais pas moins inspirées à chaque fois. Où ce bonheur semble faire écho aux mots de Cocteau pour qui la danse, au-delà d’un langage du corps, était : « Un véhicule apte à convaincre les âmes ».

 

DE PETIT À PETIPA

Sur la célèbre musique de Bizet, un grand classique de l’œuvre de Roland Petit dansé pour la toute première fois par le Ballet Nice Méditerranée : la chose a de quoi susciter une vive attente et donner belle allure à ce program me dansé.

« L’Arlésienne, c’est un peu notre région, un ancrage provençal, et puis le moment était sans doute venu de donner sa place à cette chorégraphie dans un spectacle de la compagnie », revendique Éric Vu-An. « Il faut faire preuve d’une maîtrise technique qui « déménage », si j’ose dire, pour être à la hauteur de ce ballet, et je crois sincèrement qu’on a atteint ce niveau d’exécution ».

Il y a notamment une montée en puissance dans le solo du danseur principal, à la fin de L’Arlésienne, où est requis tout à la fois l’amplitude, l’abattage, le lâcher prise et le tout, quand la danse est portée à ce point d’incandescence, est à couper le souffle !

Sous leur apparente simplicité, les farandoles qui rythment la chorégraphie de Petit demandent aussi des enchaînements de gestes et de pas où la technique doit se faire oublier pour que les figures ne soient plus que charme et fluidité. Solo, pas de deux ou mouvements d’ensemble, ce matériau dansé ne prend ainsi tout son relief et sa brillance qu’à l’aune d’un cisèlement de chacun de ses rouages.

En plaçant la barre à cette hauteur, le Ballet Nice Méditerranée montre une fois de plus de quelle étoffe il est fait.

 

UNE COMPAGNIE DANS SON PLEIN EPANOUISSEMENT

Le temps de parler, à son propos, d’une compagnie en plein essor, fière de ses progrès, est désormais révolu.

Il serait plus juste d’évoquer maintenant une troupe en plein épanouissement.

Non pas une institution au beau fixe car, par définition, une maison de danse digne de ce nom ne cesse de bouger, mais le rayonnement du ballet niçois n’a, quoi qu’il en soit, jamais été si probant. Le travail d’Éric Vu-An a, ô combien, porté ses fruits, parce que la danse est une passion que celui-ci vit à fleur de peau. Entre l’exigence et l’éclat, elle a été et demeure son métier et il vient d’ailleurs de se voir remettre le prestigieux Prix Positano pour l’ensemble de sa carrière, en septembre dernier. Les plus grands chorégraphes ont fait appel à lui dont Roland Petit. Que l’on se rappelle notamment le rôle qu’il lui écrivit pour incarner Morel dans son adaptation chorégraphique de l’œuvre de Marcel Proust, Les Intermittences du cœur.

Fort de ces expériences au plus haut niveau, Éric Vu-An sait exactement sur quel pied faire danser la formation de l’Opéra de Nice, confiée à ses talents depuis près de 8 ans. Du coup, pour L’Arlésienne, le Ballet Nice Méditerranée a bénéficié, dans le sillage de son mentor, d’un lien privilégié avec celui qui fut l’un des danseurs et l’un des proches collaborateurs de Roland Petit, Luigi Bonino. Ce dernier a été le « répétiteur » des danseurs niçois, apportant avec lui sa connaissance intime de l’art de Petit et toute sa science d’homme de scène. Ne reste plus, cet automne, qu’à découvrir cette Arlésienne et les couleurs que va lui donner cette collaboration au sommet, nourrie du dialogue de Luigi Bonino et d’Éric Vu-An, devant d’autres couleurs, celles du décor reproduisant en toile de fond un célèbre tableau de Van Gogh. Beau moment en perspective, à tout point de vue !

 

VOYEZ COMME ON DANSE…

Si L’Arlésienne sera la nouveauté de ce début de saison, le Ballet Nice Méditerranée n’en oublie pas moins certaines des pièces maîtresses de son catalogue, entre classicisme intemporel et fluidité contemporaine.

Chorégraphié par Marius Petipa à sa création en 1898, Raymonda fait miroiter dans l’orfèvrerie de ses mouvements la quintessence pyrotechnique d’une certaine idée de la danse et de ses lettres de noblesse, sous le sceau du classicisme le plus pur. Éric Vu-An, qui en avait déjà proposé une reprise en 2012, remonte ce ballet phare, « Carte de visite de l’excellence de la compagnie », aime-t-il à dire de cette œuvre.

Quant à Gnawa, du grand chorégraphe Nacho Duato, comment dire ce qui se passe en voyant le Ballet Nice Méditerranée gagné par la fièvre et la transe sensuelle qui embrasent ce bijou dansant ? Vous avez dit envoûtant ?

 

PHOTO : Raymonda, ©Dominique Jaussein