Le Sacre du printemps d'Igor Stravinsky

11 oct. 2016

Le Sacre du printemps d'Igor Stravinsky

Cette œuvre légendaire sera au programme du concert des 28 et 29 octobre

Par Sofiane Boussahel

 

Danse sacrale et adoration de la Terre

Le Sacre du printemps, « tableaux de la Russie païenne en deux parties » est, après Petrouchka et L’Oiseau de feu, le troisième grand ballet dont la musique a été composée par Stravinsky pour la compagnie des Ballets Russes de Serge de Diaghilev.

On s’étonne encore aujourd’hui de la modernité du Sacre, cheval de bataille orchestral désormais inscrit durablement au répertoire des phalanges les plus aguerries ; c’est à se demander, d’ailleurs, comment un public avide de nouveauté, à la veille de la Première Guerre mondiale, ait pu se scandaliser presque davantage de la chorégraphie de Vaslav Nijinski que de la musique de Stravinsky elle-même. L’audace est alors de mise, comme dans cet Après-midi d’un faune de Nijinski sur une musique de Claude Debussy, créé un an avant le Sacre, jour pour jour.

Les années précédentes, on joue le Pierrot Lunaire de Schoenberg à Vienne, Salomé et Elektra de Strauss à Dresde. À vrai dire, c’est une véritable bombe à retardement que ce Sacre du 29 mai 1913, présenté sous les cris, les quolibets et les sifflets, à Paris, au théâtre des Champs-Elysées, un édifice Art déco d’un classicisme sobre, signé Perret, Bourdelle et Van de Velde et tout juste inauguré.

 

Un grand rite païen

Si on ne peut suivre réellement d’intrigue en écoutant le Sacre, une idée conductrice a servi d’inspiration au compositeur : « J’entrevis dans mon imagination le spectacle d’un grand rite sacral païen : les vieux sages, assis en cercle, et observant la danse à la mort d’une jeune fille, qu’ils sacrifient pour leur rendre propice le dieu du printemps. »

Une série de cérémonies de l’ancienne Russie » est égrenée au cours des deux volets, « L’Adoration de la terre » et « Le Sacrifice », jusqu’à l’explosion finale de la Danse sacrale, du solo de basson initial dans le registre aigu – comme pour créer une tension dramatique par la mise en condition de l’interprète –, en passant par les rythmes irréguliers et obsédants de la Danse des adolescentes.

La langue musicale dans laquelle s’exprime Stravinsky renvoie à une Russie archaïque, plus brutale et sauvage que celle qu’évoquaient les deux ballets précédents. La rudesse du langage harmonique et l’utilisation percussive des timbres orchestraux évoquent partiellement L’Histoire du soldat (1917) et Les Noces (1923) du même Stravinsky.

Cette musique cérémoniale, rituelle, veut rompre avec le style romantique, avec les élans wagnériens et les longs développements de l’école symphonique allemande. Stravinsky a tiré les conséquences de certaines intuitions de ses maîtres russes Tchaïkovski, Rimski-Korsakov, et bien sûr Moussorgski, les a prolongées en des pages orchestrales d’une richesse tellurique inouïe.