Gwennolé Rufet

25 nov. 2016

Gwennolé Rufet

"Faire travailler l'imaginaire de chaque auditeur"

Gwennolé Rufet dirigera l'Orchestre Philharmonique de Nice lors du concert des 9 et 10 décembre prochains.

 

Sofiane Boussahel : Quel est votre rapport à la musique française ?

Gwennolé Rufet : Lors de mes études, au sein de l’Orchestre Français des Jeunes, j’ai pris conscience qu’à travers jeux de Debussy, Tout un monde lointain de Dutilleux, Bacchus et Ariane de Roussel et le Boléro de Ravel, toute une lignée française nous invite à plonger au cœur du timbre grâce à un instrument fantastique : l’orchestre. Mon répertoire s’est ensuite élargi à Rameau, mais aussi à Boulez, Grisey ou Murail, qui perpétuent, chacun à leur manière, une part de cet héritage qui me passionne depuis toujours.

 

Berlioz et Debussy paraissent pourtant si différents l’un de l’autre…

Berlioz comme Debussy sont de grands innovateurs en matière de couleur orchestrale. Ils ont poussé leurs recherches extrêmement loin, chacun à leur époque, des alliages et des combinaisons que pouvaient offrir les instruments de l’orchestre. De nombreux écrits nous sont parvenus qui attestent de cette quête perpétuelle. C’est certainement l’aspect le plus visible de leur parenté. On pourrait aussi évoquer un élan irrésistible vers l’affranchissement des schémas préétablis, une véritable passion pour la littérature, un rapport particulier à la nature ou même le besoin de décrire, voire de « croquer » leur entourage dans des critiques musicales.

 

Berlioz et Debussy n’ont-ils pas également en commun le goût des titres évocateurs ?

tout l’intérêt des œuvres du programme réside justement dans ce paradoxe : leurs titres annoncent une musique descriptive avec une progression balisée, à chaque mouvement. Il n’en est rien ! Berlioz comme Debussy ne cherchent pas à livrer une photographie musicale mais, bien au contraire, à faire travailler l’imaginaire de chaque auditeur en évoquant, loin des tentations de l’anecdote, une Italie ou une Espagne fictives et, en définitive, bien plus authentiques. Lorsque je dirige ces œuvres, ce qui me vient à l’esprit ce sont les changements de lumière, les parfums, la chaleur, un écho musical lointain, une vaste étendue, bref, tout ce qui met nos sens en éveil de manière fine et créatrice !

 

Quels répertoires allez-vous prochainement explorer ou approfondir ?

Je viens tout juste de clore deux saisons de tournée avec l’opéra Les Caprices de Marianne de Sauguet et vais m’immerger avec un immense plaisir dans le ballet Ma Mère l’Oye de Ravel, que je donnerai avec l’Orchestre National de France. La musique française reste donc, plus que jamais, au cœur de mon activité. D’autres projets autour de Korngold et de Richard Strauss viendront ensuite : deux compositeurs fantastiques qui, eux aussi, ont su transfigurer les couleurs orchestrales.

 

CLAUDE DEBUSSY

Prélude à L’après-midi d’un faune
Iberia, Images
pour orchestre, 2e partie

 

HECTOR BERLIOZ

Harold en Italie