Concert philharmonique de janvier

25 janv. 2017

Concert philharmonique de janvier

Till Fellner : la rigueur au service de l'éclectisme

PHOTO ©Gabriela Brandenstein

Par Sofiane Boussahel

 

Ce pianiste natif de Vienne, tout juste âgé de quarante quatre ans, a déjà derrière lui une riche et belle carrière, dont il doit la première impulsion à une formation hors pair acquise auprès de la légende autrichienne du piano Alfred Brendel.

Il est de ces musiciens « qui pensent », ou tout au moins ressentent le besoin de formuler leur réflexion par écrit, et se penchent à l’occasion sur les relations entre la musique et les autres arts, sans doute ici encore à l’image du maître. Il a d’ailleurs mis à profit une année sabbatique, en 2014, en se recentrant sur l’étude des motivations profondes de la création artistique toutes disciplines confondues, et en tirant les conséquences de la passion qui l’animait depuis toujours : « Mon but était avant tout de mieux comprendre la structure interne de la musique que je joue. J’ai aussi lu énormément. Je suis très intéressé par la littérature, surtout celle de langue allemande. Je me suis concentré sur des classiques : Robert Musil, Heinrich von Kleist. Puis je suis obsédé par le cinéma […] », confiait-il à la presse canadienne en 2013, peu de temps après avoir publié son essai « Subversion et silence : Luis Buñuel et la musique » dans les colonnes de la Neue Zürcher Zeitung. C’est à Zurich qu’il a été appelé, la même année, à enseigner à la Zürcher Hochschule der Künste : l’école supérieure des arts de la ville. Lauréat, à l’âge de 21 ans, d’un 1er prix du concours Clara Haskil de Vevey, cinq ans plus tard du prix d’interprétation de la Mozartgemeinde – communauté mozartienne – de Vienne, il compte parmi ceux qui, dans leurs jeunes années, ne craignent pas de conquérir durablement la faveur du public et de la critique par la profondeur de leur jeu et leur étude patiente du répertoire.

Il entre de plain-pied dans la carrière de récitaliste avec un certain souci de l’exhaustivité. Jugez plutôt : Clavier bien tempéré de Jean-Sébastien Bach, trente-deux sonates de Beethoven, œuvres de Schoenberg et ses disciples, œuvres de Schubert…

À cet ensemble éclectique, il convient d’ajouter, bien entendu, Mozart, mais aussi Schumann, plus proches de nous, Kurtág, Berio, Holliger et des créations de Larcher et Birtwistle.

Son catalogue discographique, très fourni, réserve une place non négligeable au concerto beethovénien.

Partenaire apprécié unanimement des meilleurs musiciens d’orchestre, comme dans le répertoire de musique de chambre, « l’un des grands caméléons du monde musical » selon Allan Kozinn du New York Times, il se fait remarquer en 2013, lorsqu’il accepte de remplacer au pied levé Evgueni Kissin au Festival de Salzbourg.

Chacune de ses visites dans les grandes métropoles musicales laisse une trace indélébile dans la mémoire du public.