Entrée au répertoire

24 févr. 2017

Entrée au répertoire

Raffaella Renzi a travaillé Vespertine, œuvre du jeune chorégraphe anglais Liam Scarlett, avec les danseurs du Ballet.

Février dernier, en répétition pour son spectacle d’avril, le Ballet Nice Méditerranée travaillait Vespertine, une œuvre du jeune chorégraphe anglais Liam Scarlett. Pour accompagner les danseurs, Raffaella Renzi, répétitrice hors pair.

 

Emballée ! Par la chorégraphie, par la troupe.

« Il y a une vraie énergie, tout le monde est très motivé, on avance bien, et puis danser Vespertine procure un plaisir communicatif, c’est une pièce musicale tout en fluidité, et ce plaisir est déjà perceptible dans le travail », se réjouit notre interlocutrice. A la fin d’une journée de février, on a en effet la chance de rencontrer Raffaella Renzi pour évoquer avec elle le ballet Vespertine, créé en 2013 par le talentueux Liam Scarlett. Vespertine fait son entrée au répertoire du Ballet Nice Méditerranée, qui le dansera pour la toute première fois dans le cadre des soirées d’avril données à l’Opéra de Nice par la compagnie. Celle qu’Éric Vu-An, le mentor de la formation niçoise, a sollicitée pour diriger les répétitions de cet opus, est très heureuse, à ce stade du travail, de voir comment les choses sont déjà en train de prendre tournure. Elle est là, à Nice, pour une quinzaine de jours intensifs. Dans le studio de la Diacosmie (les ateliers de l’Opéra sur la plaine du Var), elle dirige les opérations d’une main douce mais pas moins assurée. Son rôle en tant que répétitrice ou maîtresse de ballet (comme on préfère) : guider les douze danseuses et danseurs retenus pour interpréter Vespertine. Dérouler pour eux et avec eux la partition chorégraphique dans toutes ses notes, ses impulsions, ses enchaînements de pas, de gestes…

Pour accomplir cette mise à plat et préparer la piste d’envol des danseurs, Raffaella Renzi doit sans cesse remettre son ouvrage sur son métier à tisser ensemble tous les fils qui composent le ballet.

Et quel métier ! Travail physique mais surtout un travail de mémoire pour retenir la structure de la chorégraphie dans ses moindres détails… « C’est mon métier désormais », sourit Raffaella. « J’ai d’abord été danseuse, étoile à l’opéra de Berlin, mais depuis 14 ans, on m’appelle ici et là pour remonter des ballets, des ballets classiques mais pas seulement, je touche à tous les registres et cette diversité me plaît… »

 

Une précision de sismographe

Pour Vespertine, bien en amont des répétitions, notre experte a d’abord passé des heures à mémoriser l’œuvre visuellement, à partir de deux vidéos.

Ensuite, elle a consigné des tas de notes sur des carnets qui ne la quittent pas, qui lui servent à présent de repères pour donner ses indications aux danseurs.

Autre étape préalable : au-delà de la reproduction des pas avec une précision de sismographe, jusque dans les plus infimes oscillations de la chorégraphie, il faut aussi saisir le frisson qui la parcourt tout entière, l’élan qui la traverse en continu, son impulsion secrète, son émotion particulière. Pour prendre en compte cette strate-là du ballet, entrer dans son intimité en quelque sorte, Raffaella a pu remonter aux sources même de Vespertine et s’entretenir, via Skype, avec quelqu’un qui a cette connaissance en profondeur de l’œuvre pour l’avoir dansée lui-même à la création, Kaloyan Boyadjiev (voir encadré). Une fois toute cette précieuse matière assimilée, une fois cette maturation accomplie, ne reste plus qu’à faire surgir la magie de la danse, en transmettant son savoir aux danseurs.

« Mais attention », prévient Raffaella Renzi, « on ne fait pas une copie à l’identique, figée, il faut que la danse respire, qu’elle soit un matériau vivant, chaque interprète apporte quelque chose à l’œuvre… On est d’une grande fidélité à l’original, c’est dans cette recherche d’authenticité que l’on est au plus près de la vérité d’un travail artistique… »

 

 

Passage de flambeau

Si Raffaella Renzi a défriché le terrain, comme elle le dit elle-même, « C’est un autre qui va continuer le travail avec les 12 interprètes de Vespertine. »

Un autre qui n’est autre que Kaloyan Boyadjiev, l’un des principaux danseurs du Ballet National de Norvège. Il connaît Vespertine sur le bout des orteils, ayant fait partie de la distribution originale à la création de l’œuvre, en 2013, au sein de la compagnie norvégienne dont il est toujours l’une des figures de proue, à la fois en tant que danseur et chorégraphe.

Couleurs et nuances, Kaloyan Boyadjiev a apporté son expérience et sa sensibilité en faisant répéter cet hiver la chorégraphie de Liam Scarlett au Ballet Nice Méditerranée, trois semaines durant. A la suite de Raffaella Renzi, en étroite collaboration avec Éric Vu-An, il a ainsi été l’un des orfèvres de la création de Vespertine à l’Opéra de Nice.

Grâce à quoi l’eau vive de la danse imaginée par Liam Scarlett pour son ballet va de nouveau couler de source, dans le sillage des danseurs niçois…

 

 

Raffaella & Éric

Ces deux-là n’ont jamais dansé ensemble mais ils se sont croisés souvent, ont lié amitié.

Entre Raffaella Renzi et Éric Vu-An, le courant passe. Elle dit de lui « C’est un danseur de rêve ! ». Il l’a voulue pour qu’elle soit la répétitrice de Vespertine, sûr que l’œuvre serait entre de bonnes mains. A Nice, Raffaella se sent un peu chez elle. D’abord parce que, confie-t-elle, « Au théâtre, je suis dans ma maison et comme je suis à Nice pour travailler, à la Diacosmie, je suis dans mon élément… » Ensuite parce que l’Italienne, en provenance de Florence, a retrouvé pas mal de ses compatriotes au sein du Ballet Nice Méditerranée, ayant même été le professeur de certains d’entre eux par le passé… « Ca fait chaud au cœur ! », lâche-t-elle.

Le monde de la danse, entre se mouvoir et (s’)émouvoir…

 

Par Franck Davit