Carmen 1936

26 févr. 2017

Carmen 1936

Daniel Benoin est le metteur en scène de la nouvelle production de Carmen en mars à l'Opéra

Le chef-d’œuvre de Bizet dans une mise en scène de Daniel Benoin, c’est le spectacle événement à l’affiche de l’Opéra de Nice en mars. Variation sur un mythe.

Il connaît la maison par cœur. Il a signé là quelques-uns de ses plus beaux spectacles musicaux. Wozzeck, La Bohème, Madama Butterfly ou L’Histoire du Soldat de Stravinsky, dont il était le récitant. Il y a eu aussi Dreyfus, une comédie musicale de Michel Legrand. Entre l’Opéra de Nice et Daniel Benoin, l’entente est au beau fixe. Celui qui fut pendant douze ans le directeur du Théâtre National de Nice et qui, depuis trois ans, dirige Anthéa, le théâtre d’Antibes, a le gène du spectacle vivant dans son ADN. Cela veut dire qu’il passe aisément d’un registre à l’autre, qu’il est aussi bien metteur en scène, acteur, adaptateur, avec un net penchant pour des créations souvent inspirées par le cinéma.

Pour Carmen, l’une des productions les plus attendues de la saison, l’Opéra Nice Côte d’Azur a ainsi demandé à Daniel Benoin de redonner au célèbre ouvrage de Bizet ses couleurs les plus âpres et les plus incandescentes.

 

Une approche historiciste

« Ce sera ma toute première Carmen », se réjouit celui-ci. « J’ai une passion pour Séville où se déroule l’action du drame, pour le climat de fièvre exacerbée qui s’empare de la ville pendant les processions de la semaine sainte. En vue du spectacle, je suis allé filmer sur place pour en rapporter des images où éclate cette dimension de fastes et de spiritualité ».

Sous le regard de Benoin, Carmen apparaîtra-t-elle alors comme une madone aux allures de diablesse, sacrifiée sur l’autel de la loi des hommes, alors qu’elle veut seulement laisser libre cours à ses désirs de femme ? « Avec Dom Juan et Figaro », poursuit l’intéressé, « Carmen incarne ce que j’appelle les trois révoltés de Séville, contre Dieu pour Dom Juan, contre les femmes pour Figaro et contre les hommes pour Carmen… Il m’a semblé intéressant de transposer son histoire juste avant le début de la guerre civile d’Espagne, en 1936, pour que la soif de liberté de Carmen soit une figure de résistance face à l’oppression qui allait se mettre en place dans le pays. Séville était alors nationaliste, du côté de Franco pour le dire vite, mais autour de la ville, les républicains occupaient le terrain. Cette approche historiciste enrichit encore l’intrigue, je crois. »

 

 

La belle de Séville

De l’opéra au cinéma, les Carmen se suivent et ne se ressemblent pas.

Dans les années 50, il y a eu la métisse du film chanté d’Otto Preminger, Carmen Jones (avec la magnifique Dorothy Dandridge), ou, en 1984, l’expérience totale de Francesco Rosi avec son Carmen, film-opéra à grand spectacle et interprète de feu, Julia Migenes.

Rien que ces dernières années, sur les planches, parmi les productions les plus marquantes, on trouve La Tragédie de Carmen de Peter Brook en 1981 ou, à l’autre bout du spectre théâtral lyrique, la très controversée Carmen d’Olivier Py, en 2012, et sa plongée dans l’univers kitsch et néobaroque d’un cabaret.

Entre tradition ou « dépoussiérage » iconoclaste, de quelle flamme brûlera la Carmencita de Daniel Benoin ?

Réponse en mars, à l’Opéra de Nice…

 

Par Franck Davit