Flocons de rêve

4 oct. 2017

Flocons de rêve

La Sylphide et Roméo et Juliette : en décembre, il neige du « ballet blanc » sur l’Opéra pour des soirées de danse en fête.

Attention, avis de tempête romantique passionnée sur la scène de l’Opéra de Nice dans le sillage du Ballet Nice Méditerranée ! Pour son grand rendez-vous de fin d’année avec le public, la formation niçoise va en effet enfiler ses chaussons les plus magiques pour interpréter deux œuvres phares du répertoire dans toute la quintessence de la danse classique : le Roméo et Juliette de Serge Lifar (remonté par Éric Vu-An) et La Sylphide, d’après la chorégraphie d’Auguste Bournonville dans la version de Dinna Bjørn.

« Il s’agit de deux histoires d’amour tragiques », précise Éric Vu-An. « Mais au-delà de ça, ces deux ballets emblématiques sont surtout une grande affaire de style et sont considérés comme des archétypes de l’excellence classique. Dans ces chorégraphies, tout doit aller vers un état de grâce porté à son plus haut degré d’incandescence et l’alchimie de la chose repose entièrement sur les interprètes qui vont donner une âme à ces histoires ».

Signée Tchaïkovski pour Roméo et Juliette et Herman Severin Løvenskiold pour La Sylphide, la musique a aussi son rôle à jouer dans cet art du sublime. Ce sera d’autant plus le cas que l’Orchestre Philharmonique de Nice, sous la baguette de David Garforth, sera dans la fosse pour accompagner, en direct, les évolutions des danseurs lors des représentations de décembre à l’Opéra.

 

 

Le « geste Lifar »

Il y a six ans, le Ballet Nice Méditerranée avait dansé pour la première fois le Roméo et Juliette de Serge Lifar, dans le cadre d’une programmation spéciale : Deux Russes à Paris, soit George Balanchine et Serge Lifar. Tous deux ont croisé la route des Ballets Russes de Diaghilev sur leur chemin artistique, Lifar a dansé des chorégraphies de Balanchine, avant de prendre les rênes du Ballet de l’Opéra de Paris tandis que Balanchine fondait le New York City Ballet avec le chorégraphe Lincoln Kirstein. Le ballet Roméo et Juliette par Lifar est l’une des expressions de ce formidable élan créatif qui n’a plus cessé d’irriguer le monde de la danse jusqu’à encore aujourd’hui.

On y trouve les lettres de noblesse du vocabulaire néoclassique, la pièce ayant valeur de blason chorégraphique. « C’est un magnifique pas de deux », confirme Éric Vu-An, « Il raconte l’histoire des deux célèbres protagonistes d’un trait de feu, de leur rencontre à leur mort, les montre comme enchaînés dans les tourments de leur amour pour l’éternité. Roméo et Juliette incarnent des amants terribles, absolus, et c’est cela que donne à voir Lifar magistralement ».

Lifar lui-même a ainsi commenté son œuvre à sa création en 1942 : « L’action du ballet constitue un raccourci, ou plutôt une perspective du drame de Shakespeare ; elle se réduit à quatre épisodes qui se suivent sans interruption. La danse adopte une plastique grave, pleine de ferveur amoureuse, ici quasi-religieuse. J’ai réglé le ballet sur une ouverture de Tchaïkovski, trop peu connue. L’état d’esprit et le plan général de cette ouverture répondent exactement à l’idée que je me fais du drame de Shakespeare : on y retrouve cette atmosphère de drame, de gravité amoureuse, où doivent évoluer les deux amants ».

 

L’amour à mort

Il y a comme cela des joyaux qui font partie de notre patrimoine culturel.

La réplique du nez dans le Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand. La première phrase d’A la recherche du temps perdu de Marcel Proust. Les mots d’Agnès, « Le petit chat est mort », de L’Ecole des femmes de Molière dans la bouche d’Isabelle Adjani.

Créée en 1836 par le Danois Auguste Bournonville après celle de Filippo Taglioni en 1832, La Sylphide fait aussi partie de ces œuvres en grande livrée qui ont laissé une trace indélébile dans l’inconscient collectif, qui sont des « sésame ouvre-toi » pour accéder au monde de l’art et à ses merveilles.

Le Ballet Nice Méditerranée s’y est frotté pour la première fois en avril 2015. Au milieu des serments d’amour éperdus entre l’héroïne fatale et son promis, La Sylphide offre à l’interprète du personnage de la sorcière un savoureux rôle de composition.

C’est Éric Vu-An lui-même qui incarne l’horrible bonne femme, reprenant la mémorable interprétation qu’il en avait déjà donnée dans la production d’avril 2015 à l’Opéra. Grimé et costumé, il est méconnaissable et prend un plaisir non dissimulé à jouer celle par qui le drame se produit. « La maturité et une perruque hideuse aident à créer ce personnage », s’amuse Éric Vu-An.

« Et puis, surtout, être en scène avec mes danseurs, c’est formidable. Cela renforce le lien qui nous unit, toutes et tous, au sein de la compagnie ».

A noter : de ce « ballet blanc » très noir, Hollywood, en 1954, a livré une variation en technicolor avec happy end, via la belle comédie musicale de Vincente Minnelli, Brigadoon, chantée et dansée par Gene Kelly et Cyd Charisse.