Entretien avec Éric Chevalier, metteur en scène de L'Élixir d'amour

9 nov. 2017

Entretien avec Éric Chevalier, metteur en scène de L'Élixir d'amour

"Que la fête commence !"

Pour ne pas sombrer dans la morosité de l’automne, rien de tel qu’un opéra brillant et enlevé pour se réchauffer le moral. En l’occurrence, l’Opéra de Nice a tout ce qu’il faut ! Fin novembre, il présentera au public le célèbre opéra bouffe de Donizetti, L’Élixir d’Amour.

C’est Éric Chevalier, le directeur de l’établissement niçois qui mettra lui-même en scène l’ouvrage, retrouvant ainsi le chemin des plateaux après sa nomination ici-même il y a plus d’un an. « Avec L’Élixir, on est dans le registre de la comédie, explique ce dernier, ce qui suppose que tout soit réglé au millimètre pour que le spectacle fonctionne comme on l’espère. L’intrigue est censée se  dérouler au pays basque, mais je l’ai transposée dans l’Italie des années 50, qui lui va comme un gant ».

Premier point : il fallait donc planter le décor, qu’il soit synchro avec cette vision des choses. Pour ce faire, Éric Chevalier, scénographe professionnel (c’est son premier métier), a opté pour une solution radicale : pas de déco ! Le plateau sera habillé de projections vidéo, spécialement réalisées pour la production par Gabriel Grinda, un jeune et talentueux vidéaste. « Dans ce dispositif, se réjouit Éric Chevalier, rien n’est vrai. Nous avons recréé un pur village italien de fantaisie, tout en images numériques, avec ses façades ensoleillées et son linge suspendu aux fenêtres. Ce décor virtuel sera aussi un décor interactif, comme une météo changeante au gré des émotions et des humeurs de Nemorino, l’amoureux de l’intrigue. »

Côté costumes, signés par Françoise Raybaud-Pace, (celle-ci a déjà collaboré avec Éric Chevalier par le passé), l’inspiration est elle aussi venue de l’Italie et de son cinéma des années 50-60, dans un parfum de dolce vita, de femmes aux robes évasées, serrées à la taille, décolletées…

Ne reste plus qu’à rendre vivant ce tableau qui semble tout droit sorti des studios de Cinecittà à leur âge d’or. Outre les principaux protagonistes de l’histoire, le Chœur de l’Opéra va fortement y contribuer. « Chaque choriste incarnera un personnage typique, le curé, le maire, le boulanger, avec le même genre de truculence pittoresque que l’on peut voir dans les films de la série des Don Camillo, joués par Fernandel et Gino Cervi, annonce Éric Chevalier. Tout ce petit monde va s’agiter sur la scène et j’espère que le public prendra plaisir à découvrir cet Élixir que nous avons concocté pour lui. »

 

DE FELLINI À GOSCINNY

Si on s’amuse beaucoup devant L’Élixir d’Amour, il n’y en pas moins de vrais moments de tendresse dans l’ouvrage, à l’image de son air le plus célèbre, véritable tube de l’art lyrique : « Una furtiva lagrima ».

Une galerie de personnages très humains, issus des archétypes de la commedia dell’arte, mène l’intrigue. Nemorino, le héros, touchant dans sa naïveté. La belle Adina, sincèrement émue par le jeune homme, malgré sa pauvreté. Belcore, le rouleur de mécaniques. Et enfin Dulcamara, l’escroc sympathique, qui vend son faux élixir avec cœur, comme s’il y croyait vraiment. Pour un peu, à travers le prisme de la création d’Éric Chevalier, on le prendrait pour un personnage échappé du film de Fellini, La strada, et de sa mélancolie cocasse.

Composé par Donizetti sur un livret de Felice Romani, inspiré par Le Philtre d’Eugène Scribe (1831), l’ouvrage a été joué en public pour la première fois en 1832. Dans sa grâce tragi-comique, il se prête volontiers à des mises en scène facétieuses. « J’aime faire des clins d’œil à la BD dans mon travail scénique, revendique Eric Chevalier. Je suis fasciné par la verve de Goscinny, l’un des pères d’Astérix et Obélix. Sur fond d’une Italie de carte postale, j’ai aussi voulu insuffler un peu de cette drôlerie dans la production de L’Élixir d’Amour »...