Entretien avec Jean-Christophe Mast

13 janv. 2018

Entretien avec Jean-Christophe Mast

Metteur en scène de Nabucco présenté en mai

Jean-Christophe Mast reprend à l’Opéra Nice Côte d’Azur sa mise en scène de Nabucco, l’opéra mythique d’un Verdi encore jeune, dont il explore toute la fougue.

 

Christophe Gervot : Nabucco est l’une des premières figures de pères qui traversent les opéras de Verdi. Que représente-t-il pour vous ?

Jean-Christophe Mast : C’est un personnage qui me touche beaucoup, un monstre d’orgueil qui se trouve terrassé et découvre l’humilité. A travers son chemin spirituel, il prend conscience de ses limites, et de valeurs humaines propres à chacun d’entre nous. Mais c’est à la fois un père et un homme de pouvoir. Cet opéra n’est pas un drame bourgeois, ni psychologique. Nabucco répond à la figure paternelle par rapport à Fenena, dont la mort va accélérer sa conversion, mais c’est un père fantasmé pour Abigaille. Abigaille, justement, est un personnage démesuré.

 

De quelles autres héroïnes d’opéras la rapprocheriez- vous ?

C’est un patchwork d’héroïnes, de Donna Anna à Elektra, en passant par Lady Macbeth qui est assez proche vocalement. Elle est l’énigme de Nabucco, un personnage creux sur lequel on peut tout imaginer. A-t-elle été adoptée, vendue, esclave ? Il y a en elle quelque chose de celle qui a été ignorée. On lui propose le pouvoir, c’est sa revanche sur Nabucco.

 

Comment présenteriez-vous votre mise en scène ?

C’est une mise en scène classique. J’ai voulu raconter l’histoire de la façon la plus claire, sans insister sur les résonances contemporaines, et mettre en avant les liens entre les protagonistes. Les costumes de Jérôme Bourdin, qui signe aussi les décors, illustrent l’énorme fossé entre babyloniens et hébreux, une tribu guerrière d’un côté, et de l’autre un peuple qui essaie d’améliorer pacifiquement son statut.

 

Que raconte pour vous le célèbre chœur Va, pensiero ?

C’est un moment qu’il ne faut pas rater pour un metteur en scène, alors qu’il ne se passe pas grand-chose dramatiquement. C’est un chœur d’attente, l’hymne des opprimés face aux oppresseurs. Il participe, dans ma mise en scène, d’un rêve de Nabucco, comme un cauchemar qui vient le hanter en lui annonçant sa défaite prochaine.

 

Quels sont vos souvenirs les plus marquants de ce spectacle que vous reprenez à Nice ?

Ils sont liés à des moments de répétitions à Saint- Étienne avec les solistes. Je me souviens du premier air d’Abigaille qu’interprétait Cécile Perrin au début du deuxième acte. Elle retombe sur des cadavres qu’elle a égorgés, ce qui la ramène à ce qu’elle chante, qu’elle n’est pas aimée. Pour André Heyboer, cette histoire de rêve de Nabucco n’était pas évidente. Il s’en est emparé et l’a fait formidablement, seul en scène.

 

Par Christophe Gervot