Norma, du 16 au 22 février à l'Opéra

15 janv. 2018

Norma, du 16 au 22 février à l'Opéra

L’enchantement du Bel canto et de la Casta diva

Norma : il suffit de prononcer ce nom pour qu’aussitôt surgisse dans votre tête l’air célèbre de la « Casta diva » (la « Chaste déesse », la « Lune »).

Cet air, la Callas le chantait divinement. Il a été par la suite outrageusement utilisé dans de nombreuses publicités à la télévision. La célébrité de la grande musique se fait parfois par des chemins bien détournés !

Cet air de la Casta diva est parmi les plus célèbres de tout le répertoire lyrique. Tout le monde est capable de le fredonner sans savoir d’où il provient ni ce qu’il signifie. La « chaste lune » est la déesse que la druidesse Norma invoque au début de l’opéra de Bellini. Car, dans l’histoire de cet opéra, Norma est une druidesse.

Le drame se déroule en Gaule sous l’occupation romaine et raconte la tragédie amoureuse vécue par Norma, laquelle a trahi son peuple pour se lier avec le consul romain Pollione, a eu deux enfants avec lui et qui apprend que celui-ci la trompe avec la jeune Adalgise. Cette intrigue amoureuse se déroule sur fond de soulèvement du peuple gaulois contre l’occupant. Pollione et Norma finiront sur le bûcher.

Au long de l’opéra, on voit évoluer les personnages du proconsul romain Pollione (ténor), du chef des druides, père de Norma, Otoveso (basse), de la grande prêtresse du temple des druides, Norma (soprano), de la jeune vierge Adalgisa (soprano), de la confidente de la Norma, Clotilda (soprano), du centurion romain ami de Pollione, Flavius (ténor).

Vincenzo Bellini avait 30 ans lorsqu’il composa Norma. Il n’avait plus que trois ans à vivre, puisque sa courte vie devait s’arrêter en 1835 à l’âge de 33 ans. Ce génie du bel canto, tant admiré par Chopin, avait déjà composé La Somnambule et aurait encore le temps d’écrire Les Puritains.

 

LA DOMINATION DE LA PASSION SUR LA RAISON

Le livret de Norma est de Felice Romani, né à Gênes en 1788, considéré comme l’un des meilleurs librettistes d’opéras italiens avec Métastase et Arrigo Boito. Il est l’auteur des livrets de nombreux opéras de Donizetti ainsi que de La Somnambule de Bellini. Pour Norma, Romani s’est inspiré du texte Norma ou l’infanticide écrit par le Français Alexandre Soumet. Voilà un auteur qu’on a bien oublié bien qu’il fût célèbre sous Napoléon Ier et élu à l’Académie française lors d’une élection où il était opposé à Lamartine.

Norma fut créée le 26 décembre 1831 à La Scala de Milan sous la direction du compositeur Bellini en personne avec, dans le rôle principal, la célèbre, grande, talentueuse, légendaire et capricieuse Giuditta Pasta. L’une des autres gloires de l’époque, Giulia Grisi, tenait le rôle d’Adalgisa.

La première représentation fut un échec. La raison principale était que la Pasta fut mal à l’aise dans une partition trop aiguë pour elle. Bellini fit aussitôt une transposition un demi-ton plus bas et cela suffit pour transformer l’échec en triomphe.

Norma est l’exemple-même de l’opéra romantique, exaltant le pathétique et le tragique. Le thème principal du drame est celui de la domination de la passion sur la raison, en conflit avec les interdits de la société.

Au sein de cette tragédie, la situation de Norma est sans issue. Son destin ne peut se résoudre que dans la mort. Au deuxième acte, elle est sur le point de basculer dans la folie puisqu’elle envisage de tuer ses enfants. Ce thème de la folie est souvent présent, lui aussi, dans le théâtre romantique. En plus de la tragédie amoureuse, on trouve dans cet ouvrage un autre thème très en vogue au XIXe siècle, celui de l’émancipation des peuples. Nabucco de Verdi, qui développe ce thème – notamment au travers de son célèbre Choeur des esclaves – est presque contemporain.

 

PERFORMANCES VOCALES

Norma est un personnage fier, ardent, vindicatif, qui occupe à lui seul toute la scène. C’est l’un des rôles les plus difficiles du répertoire des sopranos. Des cantatrices comme Rosa Ponselle, Maria Callas, Joan Sutherland, Montserrat Caballé l’ont fait triompher, ajoutant le plus souvent des qualités de tragédienne à la prouesse vocale. L’air de la Casta diva nécessite longueur du souffle et agilité vocale. Il atteint par trois fois le contre-ut. L’interprète doit posséder des graves pour exprimer le drame et des aigus pour faire éclater la fureur. Voir le terrible saut d’une octave et demie qui conclut par deux fois l’air O non tremare ou bien encore le contre-ut qu’on entend à la fin du récitatif de l’air du temple.

Avec cela, Bellini s’impose comme le plus parfait des compositeurs de bel canto. Nous l’avons dit, Chopin avait une admiration sans borne pour lui. Son air Teneri figli lui inspira le thème d’une de ses Etudes pour piano.

Et pourtant – comme toujours en matière artistique – ce qui semble couler de source cache souvent un long travail artisanal. On sait en particulier que l’air de la Casta diva fut l’objet de retouches à n’en plus finir. Felice Romani réécrivit plusieurs fois le texte, Bellini composa une dizaine de versions.

Une fois la dernière version produite, c’est la Pasta qui, ne parvenant pas à se la mettre dans la tête, exigea une nouvelle mouture. La diva passait tous les matins chanter la nouvelle version. Elle ne s’en sortait pas. Bellini menaça de supprimer son air si elle n’y arrivait pas d’ici la fin de la semaine. Heureusement – pour elle, pour Bellini, pour nous et pour l’Histoire de la musique ! – le miracle se produisit : la Pasta vint à bout de l’air et celui-ci ne fut pas changé.

L’ouvrage s’achève sur un sol a cappella, lorsque Norma avoue sa faute et sa trahison.

Ce moment aurait pu être enveloppé de flots orchestraux. Au contraire, la nudité de la voix nous touche plus encore. La voix est nue, comme la lune qui plane, impassible et mélancolique, au-dessus de toute cette histoire. La Lune, la chaste déesse, la Casta diva…