Concert des 2 et 3 mars, avec Marianna Shirinyan

29 janv. 2018

Concert des 2 et 3 mars, avec Marianna Shirinyan

Un monument musical dressé à l'orée du romantisme

(Photo © Nikolaj Lund : c'est la pianiste arménienne Marianna Shirinyan qui interprétera la Fantaisie pour piano et orchestre de Claude Debussy)

 

Alliance franco-russe !

 

Heureuse idée que celle qui consiste à rapprocher dans un même programme deux œuvres du répertoire qui ne figurent pas parmi les plus jouées mais qui sont attachantes à plus d’un titre !

Œuvre posthume de Claude Debussy, la Fantaisie pour piano et orchestre en sol majeur, choisie pour commémorer le centenaire de la disparition du compositeur, ne fut créée que le 20 novembre 1919 à Londres par Alfred Cortot et le Royal Philharmonic Orchestra. La création française eut lieu à Lyon, quelques jours plus tard, avec l’Orchestre des Concerts Lamoureux, Marguerite Long étant au piano et André Messager au pupitre. Soit un an après la mort de Debussy qui, insatisfait de sa composition, n’avait jamais voulu l’entendre exécutée en public ou la voir publiée de son vivant, même s’il l’avait à plusieurs reprises retravaillée.

Ecrite entre octobre 1889 et avril 1890, pendant un séjour à Rome alors qu’il était pensionnaire à la Villa Médicis, cette fantaisie n’est pas un concerto quoique construite en trois mouvements (Andante ma non troppo - allegro giusto, Lento e molto espressivo et Allegro molto). Souvent rapprochée de la Symphonie sur un chant montagnard de Vincent d’Indy ainsi que de César Franck, elle ne figure pas parmi les œuvres les plus jouées de Debussy mais l’on y pressent le génie mélodique et harmonique qui marquera l’originalité d’un compositeur français majeur.

 

Staline en Colère

Considéré à juste titre comme l’un des compositeurs les plus importants du XXe siècle, Chostakovitch oscillera toute sa vie entre les contraintes acceptées de pages de circonstance écrites dans un rôle de compositeur « officiel » du régime, et des œuvres plus personnelles reflétant son véritable idéal d’inspiration. Il parviendra cependant à assumer ce compromis, avec des hauts et des bas, en conciliant, entre honneurs et disgrâces, sa carrière et ses aspirations personnelles d’homme et de musicien. Parfois adulé, parfois mis au ban de ses pairs, Chostakovitch laisse une œuvre symphonique particulièrement inventive, intimement liée à sa vie et à celle de son pays ainsi qu’aux événements tragiques vécus pendant ce siècle.

La Symphonie n° 9 en mi bémol majeur opus 70 fut créée le 3 novembre 1945 à Léningrad sous la baguette d’Ievgueni Mavrinski. Elle est la dernière des trois qui furent inspirées à Chostakovitch par la Seconde Guerre mondiale qui s’achevait. Elle est aussi la plus courte des quinze symphonies qu’il écrivit.

En effet, en moins d’une demi-heure et cinq mouvements (allegro, moderato, presto, largo allegretto), cette composition, dont Staline attendait qu’elle fût un hymne à la gloire de l’URSS triomphante – et sous-entendu de la sienne – sembla par sa légèreté, sa vigueur et son détachement ne pas répondre aux attentes du dirigeant et provoqua sa colère.

 

Par Philippe Depetris