Ballets d'avril : West side story

26 févr. 2018

Ballets d'avril : West side story

Du 13 au 21 avril à l'Opéra, En Sol de Jerome Robbins, Petrouchka d'Oscar Araiz et Verse Us de Dwight Rhoden.

Il sème et il récolte les fruits de son art…

Pour le Ballet Nice Méditerranée, chaque printemps est un sacre. Et d’autant plus lorsqu’il fait entrer une œuvre à son catalogue et qu’il s’apprête à la danser pour la première fois en public. Ce sera le cas lors des soirées d’avril au cours desquelles la compagnie se produira sur la scène de l’Opéra.

En perspective, une nouvelle moisson de brio qui prendra formes et élan avec deux opus déjà interprétés par celle-ci : En Sol de Jerome Robbins et Verse Us de Dwight Rhoden. Quant à la pièce qui va recevoir son baptême niçois des feux de la rampe, c’est du côté du Petrouchka d’Oscar Araiz que les danseurs de l’Opéra sont allés chercher leur bonheur. Deux artistes américains, un créateur argentin. Via cette triangulaire chorégraphique, Éric Vu-An, qui préside aux destinées de la formation depuis neuf ans, déroule un fil créatif hautement révélateur des choix et des orientations artistiques du Ballet Nice Méditerranée. « Lui donner un vrai souffle », poursuit ce dernier, « Etoffer sa palette, ne pas danser tous nos pieds dans le même chausson. La compagnie a envie de nourrir le spectateur d’émotions différentes, ce qui ne veut pas dire faire tout, son contraire et n’importe quoi. De saison en saison, les ballets que nous présentons dialoguent entre eux, se font parfois écho, au détour d’un lien plus ou moins fort. Ils racontent une histoire de famille en somme, un peu comme un arbre généalogique de la danse. Spectacle après spectacle, on peut suivre notre lignage en quelque sorte. Les trois œuvres de nos soirées d’avril sont une traduction exacte de la chose. Si elles correspondent à trois styles de danse, elles n’en sont pas moins issues du même fleuve chorégraphique. »

Dans leur sillage, trois façons de danser sur pointe. Trois façons de donner des inflexions contemporaines au geste néoclassique. Soit, pour reprendre les mots d’Éric Vu-An, « Trois façons de penser la danse en termes novateurs mais pas iconoclastes, au gré de révolutions douces à l’intérieur même du mouvement des corps, sans briser les codes ». C’est l’approche cultivée ici pour faire éclore ces ballets d’avril dans toutes les nuances de leurs esthétiques respectives.

 

De Robbins à Rhoden

Disparu en 1998, on ne présente plus Jerome Robbins, l’un des maîtres de l’American Ballet Theatre.

Passé à la postérité pour avoir été le chorégraphe du spectacle puis du film West Side Story, 2018 fête le 100 e anniversaire de sa naissance. S’il n’est pas l’un des noms les plus connus du grand public, Dwight Rhoden, lui, n’en est pas moins l’un des talents affirmés du monde

de la danse actuelle. Américains, les deux créateurs embarquent le Ballet Nice Méditerranée sur des eaux chorégraphiques soyeuses. Avec En Sol, Robbins signe une de ces pièces brillantes dont il a le secret. Déliés, les pas et les mouvements s’enchaînent, au gré d’une gestuelle qui semble esquisser ses contours. En mode, on parle de « flou », coupe magnifiant la fluidité d’un tissu. Sur un air de Ravel, toute la virtuosité de l’œuvre tient dans cet art savant de la simplicité. « Bouger cool », préconisait Robbins lui-même pour ce ballet. Pour Verse Us, qu’il a tout spécialement créé pour les danseurs niçois en 2014, Dwight Rhoden déploie une autre écriture corporelle. Sa danse y est à la fois moirée de sensualité et d’énergies, elle ondoie comme un fourreau voluptueux à même la peau des danseurs. « Le métissage de son travail entre épure contemporaine et facture classique est fascinant », analyse Éric Vu-An. « On est proche de l’art d’un William Forsythe première époque ». Forsythe que, sur son itinéraire d’enfant gâté de la danse, Dwight Rhoden a effectivement croisé, tout comme ses pas l’ont porté jusqu’à Béjart. Il fut aussi et surtout l’un des principaux interprètes du mythique Alvin Ailey, son maître à danser. Avant de fonder en 1994 sa propre compagnie, Complexions Contemporary Ballet, avec Desmond Richardson, lui aussi danseur faste pour

Alvin Ailey notamment.

Dès la mi-mars, Dwight Rhoden « himself » viendra faire répéter Verse Us au Ballet Nice Méditerranée. Clotilde Vayer, Maîtresse de Ballet de l’Opéra national de Paris, en fera autant pour En Sol.

 

Oscar Araiz, épisode 3

Autre invité charismatique du Ballet cette saison : Oscar Araiz. Après Rhapsody et Adagietto, le chorégraphe argentin entame sa troisième collaboration avec la formation niçoise.

Cette fois, il sera aux côtés des danseurs de l’Opéra pour remonter son Petrouchka. Une adaptation audacieuse du célèbre Petrouchka dansé par Nijinski au temps des Ballets Russes de Diaghilev, trésor patrimonial que la partition de Stravinski fait scintiller de plus belle.

En la reprenant, Oscar Araiz, visionnaire, a transposé l’œuvre pour tirer d’elle la matière d’une mise en abyme décapante. Ainsi, dans sa version, plus de pantin dont un marionnettiste charlatan tire les fils, le personnage de Petrouchka est devenu Nijinski lui-même, manipulé par

Diaghilev.

En filigrane, c’est toute une captivante évocation de l’une des périodes clés de l’histoire de la danse, les Ballets Russes, qui se donne à voir. « Entre Oscar Araiz et le Ballet Nice Méditerranée », se réjouit Éric Vu-An, « Il s’est produit une belle rencontre artistique. On est heureux de le retrouver ! ».

 

Par Franck Davit