Ballets d'octobre

17 sept. 2018

Ballets d'octobre

Quand l'automne fut venu...

Le Ballet Nice Méditerranée lance sa nouvelle saison chorégraphique en octobre sur la scène de l’Opéra.

Dans l’élan soyeux de sa sensibilité néoclassique, il trace le sillon d’une belle compagnie de danse.

Que de chemin parcouru depuis son baptême du feu, en 2009 ! Né sous les auspices de l’Opéra de Nice, le Ballet Nice Méditerranée entame à présent sa dixième saison de représentations, dans tout l’éclat de ses succès passés et de ses aventures chorégraphiques menées tambour battant. Il danse sur des chaussons ardents, avec pour mots d’ordre la grâce et la ferveur, le brio et le panache.

Loin de toute formule magique, c’est le travail et la conviction d’Eric Vu-An dans son rôle de directeur artistique qui ont propulsé la compagnie niçoise à ces hauteurs. « Ma seule ambition quand le rideau s’ouvre, c’est de réjouir le coeur du public. Je veux donner cette identité au Ballet Nice Méditerranée », déclare celui-ci en guise de profession de foi ».

 

L’EXCELLENCE CLASSIQUE

Avec les vingt-six membres du corps de ballet, huit solistes compris, tout est mis en œuvre pour qu’il en soit ainsi. Dans les faisceaux de leurs gestes et de leurs pas, danseuses et danseurs s’éclairent à la lumière des chorégraphies dont ils sont les vivants motifs. Eric Vu-An le sait ô combien : il a été l’interprète de certains des plus grands maîtres de la danse du 20e siècle et veille à intégrer au catalogue de la compagnie un répertoire d’œuvres qui dessinent les contours d’une formation organique, en quête perpétuelle d’incandescence.

Les deux mots riment, on peut aussi parler de transcendance. « En fait, il s’agit juste de danser ce à quoi on ressemble » poursuit Eric Vu-An, « De faire des choses en phase avec l’ADN de la compagnie. Elle a sa colonne vertébrale, l’excellence classique et ce qui va avec, à commencer par les pointes, c’est son langage de prédilection mais une fois ce cadre posé, cela peut s’exprimer à travers bien des variations. C’est cette histoire, qui tisse de multiples affinités chorégraphiques, que raconte le Ballet Nice Méditerranée de spectacle en spectacle. » Lequel Ballet, pour ouvrir sa saison, a donc voulu danser un programme, pour ainsi dire, en forme de valse à trois temps.

Premier temps du côté d’Uwe Scholtz et de son Oktett, une œuvre de 1987 brillamment interprétée par les danseurs niçois en 2016. Tout, dans la musicalité de son écriture chorégraphique, semble apparenter cette pièce à la délicatesse d’un poème d’amour courtois. Sur les accords de l’octuor en mi bémol majeur pour cordes de Felix Mendelssohn, des couples évoluent dans des costumes de scène, dessinés par Karl Lagerfeld, qui évoquent des habits de bal.

Entre préciosité et allégresse, la trame de leur danse esquisse les entrelacs d’un quadrille des amours aux lignes claires et fluides. La gestuelle est enlevée et l’ensemble est d’un charme fou !

 

QUATRE DERNIERS LIEDER

Le deuxième temps de la valse nous emporte vers les Quatre Derniers Lieder du chorégraphe néerlandais Rudi van Dantzig, disparu en 2012.

Créée dans les années 70, sertie du joyau musical de Richard Strauss qui lui donne son titre, l’œuvre témoigne de l’effervescence chorégraphique d’une époque et d’un pays.

« Il se passe de très belles choses aux Pays-Bas pour la danse classique, notamment au sein du Het Nationale Ballet dirigé aujourd’hui par Ted Brandsen » souligne Eric Vu-An. « A ce titre, j’ai voulu rendre hommage à deux figures phares de cette grande maison, Rudi van Dantzig et Hans van Manen ».

Il faudra attendre le mois d’avril pour découvrir les Cinq Tangos d’Hans van Manen dansés par le Ballet Nice Méditerranée. Pour ce qui est des Quatre Derniers Lieder de Rudi van Dantzig, cette nouvelle création de l’œuvre par la formation niçoise promet d’atteindre des sommets d’émotion. « C’est une pièce sublime, à la facture vibrante, une méditation apaisée autour de la mort, dans le halo crépusculaire de la musique de Strauss qui a inspiré Dantzig. Le ballet met en scène quatre couples et un personnage masculin qui représente la mort, comprend de magnifiques pas de deux.

A travers les évolutions des danseurs, on a l’impression d’assister à différents moments d’une journée, de l’aube à la nuit, comme si c’était toute une vie qui se déroulait devant nos yeux. Face à un tel chef d’œuvre, il y aura forcément pour le public un avant et un après la vision de ces Quatre Derniers Lieder ! » prévient Eric-Vu An.

Pour la compagnie, donner chair à ces frissons de l’âme sera aussi une expérience forte. Viser cette haute intensité chorégraphique. Savoir se glisser dans l’épure de sa mouvance tout en suscitant la profondeur et le bouleversement qui font tressaillir la danse de Rudi van Dantzig.

Les mots d’Eric Vu-An font résonner ce qu’il y a d’inouï dans ce langage classique. « On est ici dans un territoire créatif qui cristallise en lui une forme d’essentiel. À ma connaissance, Dantzig et Manen, qui ont été des chorégraphes fusionnels, sont peu ou pas dansés par les compagnies françaises. Avec les Quatre Derniers Lieder, et plus tard les Cinq Tangos, j’aime bien l’idée que les danseurs du Ballet Nice Méditerranée ouvrent une porte sur ce répertoire rare et se montrent, je l’espère et je le crois, à la hauteur de leurs ambitions… ».

 

TROY GAME

Après cette entrée en matière, la compagnie en viendra au troisième temps du spectacle, le Troy Game de Robert North, au cœur d’une bourrasque chorégraphique qui décoiffe son monde. En (petite) tenue de néo-gladiateurs dans des couleurs flashy, le Ballet Nice Méditerranée s’est déjà fait un plaisir de donner tout son sel et son piquant à cette oeuvre aussi sexy que « canaille » ! Il s’apprête à récidiver, avec la même gourmandise amusée pour croquer cet intermezzo à la prestance testostéronée, sur une partition du compositeur anglais Bob Downes et sur des rythmes brésiliens de la batucada.

Troy Game tout comme Oktett : avec ces deux reprises, aux antipodes l’une de l’autre, le Ballet déploie des facettes différentes de ses talents. Dans les deux cas, il tire son épingle du jeu.

 

Par Franck Davit