La Diacosmie devient un lieu de spectacle

17 sept. 2018

La Diacosmie devient un lieu de spectacle

C’est avec Le cas Jekyll que sera inaugurée la Salle Vladimir Jedrinsky

320 spectateurs pourront être accueillis dans cet espace qui porte le nom de celui qui fut l’illustre chef décorateur de l’Opéra de Nice.

 

LA SALLE JEDRINSKY

L’Opéra de Nice se doit d’aller de l’avant, de sortir de son cadre traditionnel afin de développer de nouvelles activités et de s’afficher dans ces quartiers en devenir qui sont ceux de la Plaine du Var.

L’aménagement en lieu de spectacle de la Salle Vladimir Jedrinsky à la Diacosmie permettra d’explorer d’autres répertoires et de présenter Le Cas Jekyll de François Paris d’après le personnage de Robert Stevenson. Un autre grand roman, Le Rouge et le noir, d’après Stendhal sera adapté par Joris Barcarolli. Nous proposerons aussi une version nouvelle de L’Histoire du soldat de Stravinsky. Un ouvrage, adapté d’un conte russe, initialement écrit pour être présenté sur des places publiques sous la forme d’une pièce racontée et mimée accompagnée par quelques musiciens.

La Russie nous amène naturellement à évoquer le nom de Jedrinsky.

La Salle Jedrinsky, c’est le nom du plus grand studio de répétition de la Diacosmie et la reproduction en taille réelle de la grande scène de l’Acropolis.

Mais qui était Jedrinsky ? J’imaginais un de ces russes blancs, venu en France à la suite de la révolution bolchévique. Je n’étais pas loin de la vérité mais ce sont Bernar Venet, qui fit ses débuts en 1958 aux ateliers de l’Opéra de Nice, et Jean Blancon, qui fut chef décorateur de cette maison, qui m’ont apporté leurs précieuses lumières.

Voici donc un portrait succinct de l’homme et de son œuvre.

 

LE FILS D’UN OFFICIER DE LA GARDE DU TSAR

Vladimir Ivanovitch Jedrinsky, orthographié aussi Žedrinski, Gedrinsky ou encore Zhedrinski est né le 30 mai 1899 à Moscou dans une famille de hauts fonctionnaires. Le grand-père était gouverneur de Koursk. Le père, Ivan, officier supérieur de la Garde Impériale et la mère, notant sa tendance à dessiner, l’encouragent dès l’enfance. Il termine ses études à Moscou en 1917 et, inscrit à l’École des Beaux-Artsde Petrograd (anciennement Saint Petersbourg) et se consacre à l’architecture. La révolution force sa famille à se réfugier à Kiev. Il s’inscrit à l’Académie des Beaux-Arts et à la Faculté d’Architecture de l’Ecole Polytechnique. Il décide de se détourner de l’architecture pour se consacrer entièrement à la peinture. L’offensive puis la retraite de l’armée tsariste conduit au départ de la famille en Yougoslavie.

En 1920, il est à Sombor. Là, il dessine des caricatures et organise un petit groupe de théâtre qui joue des pièces dans un cinéma local. Cette année-là, il rencontre le peintre Jovan Bijelić et, sur sa recommandation, entre, en tant que décorateur, au Théâtre national de Belgrade. Son premier décor sera Coppelia de Delibes. De 1924 à 1941, il a réalisé près de 130 décors. On considère que pendant cette période, il a été le scénographe et le costumier le plus important pour le théâtre, l’opéra et du ballet.

Il s’exerce à la caricature et a aussi publié des bandes dessinées, en particulier Rousslan et Ljudmila d’après le poème de Pouchkine en 1938. Au début de 1942, il s’installe à Zagreb. Il travaille quelques temps à Rijeka et à Ljubljana. Après la guerre, comme de nombreux résidents d’origine russe, il est contraint d’émigrer par les autorités yougoslaves. En 1950, il déménage donc à Casablanca (Maroc), où il réside jusqu’en 1952.

 

À NICE À PARTIR DE 1952

De 1952 à 1974, année de son décès, il vit en France et travaille comme chef décorateur de l’Opéra de Nice. Il y réalise des productions pour les théâtres en France, en Belgique et Yougoslavie.

Pour ce qui concerne la période niçoise de Vladimir Jedrinsky, je laisse la plume à Jean Blancon, ancien chef décorateur des ateliers de l’Opéra de Nice : « Il émanait de lui une grande noblesse d’esprit. Son arrivée à Nice s’effectue pour la réalisation des costumes et des éclairages d’Orphée aux Enfers. Il a apporté du modernisme à l’Opéra de Nice dans la façon de lire et d’analyser les livrets en amont de la production du décor. Cela nous a apporté beaucoup. Concernant la compagnie de danse, il a beaucoup appris à Françoise Adret, directrice et chorégraphe de celle-ci. De par ses conseils et sa façon de concevoir, il contribuait beaucoup à la qualité des chorégraphies. Il a mis en place une méthode de travail ainsi qu’une discipline associée à sa personnalité. Il a participé à la rénovation de l’atelier de couture, faisant engager Madame Serguilev en tant que chef d’atelier et Bianca Podgorny qui ont, sous son autorité, apporté énormément à la confection de tous les costumes. Il a également impulsé la création des théâtres de plein air (Arènes de Cimiez et cour du Musée Matisse.) Tous les ouvrages sur lesquels il est intervenu, ont obtenu un immense succès. Assistant de M. Jedrinsky, j’ai beaucoup appris à ses côtés, prenant sa suite à son départ et durant plus de vingt ans. Mon grand regret est qu’il soit mort avant que je ne dessine les plans de la Diacosmie ainsi que sa maquette en volume. C’est moi qui ai motivé l’idée de voir une salle de La Diacosmie associée au nom de Vladimir Jedrinsky. J’espère avoir ainsi pu contribuer à l’historique relatif à ce grand monsieur. »

Cet artiste, dessinateur, scénographe, costumier, peintre, caricaturiste et illustrateur exceptionnel est décédé à Paris et a été enterré au Cimetière russe de Sainte Geneviève des-Bois.

La donation de son épouse, Marijana Jedrinsky en 1986 a été suivie d’une exposition au Musée des Arts Appliqués de Belgrade en 1987. A cette occasion, a été publié une monographie sous le titre : Vladimir Žedrinski - scénographe et créateur de costumes signée par Olga Milanovic.

 

Par Eric Chevalier