Les Pêcheurs de Perles de Bizet

17 sept. 2018

Les Pêcheurs de Perles de Bizet

Entretien avec Bernard Pisani, metteur en scène

Par Christophe Gervot

 

Il nous transporte dans l’imagerie envoûtante des contes orientaux pour ces Pêcheurs de perles repris à Nice, après sa Belle Hélène de septembre dernier. Cet artiste aux multiples facettes présente son spectacle et revient sur quelques temps forts de son fascinant parcours.

 

Que représentent pour vous ces Pêcheurs de perles ?

Bernard Pisani : Georges Bizet fait partie des compositeurs que je préfère et j’ai pris beaucoup de plaisir en tant que récitant de L’Arlésienne l’an passé à Cannes, sous la direction de Benjamin Levy. La musique des Pêcheurs de perles est élégante et raffinée ; on y sent à plusieurs reprises un parfum oriental, même si Bizet n’avait jamais quitté la France, sauf pour son Prix de Rome en 1857. Cet opéra raconte l’amour fou de Nadir et de Zurga pour une même femme, Leïla. Des mots et des mélodies l’expriment de manière assez évidente. Zurga, le plus torturé, explose dans une véritable scène de folie au troisième acte ; Alexandre Duhamel, qui est aussi un acteur exceptionnel, la joue de façon stupéfiante. L’air de Nadir, au premier acte, est à tomber à la renverse et Julien Dran l’interprète comme personne, dans un moment de grâce. Je les surnomme tous deux mes « Rolls-Royce » et nous sommes très heureux de nous retrouver à Nice.

 

Comment présenteriez-vous votre spectacle ?

J’ai fait de cet opéra un livre d’images, qui illustre ce conte oriental avec un côté « bollywoodien ». Le décor est dépouillé et le bleu domine, en un clin d’œil à la mer, tandis que les costumes jaune et or évoquent le sable et un certain rêve de l’orient. Des vagues bougent tout au long du spectacle et changent de couleur. Je l’ai conçu comme une féerie.

 

Vous avez notamment signé la chorégraphie d’Esclarmonde de Massenet, dans la vision de Jean-Louis Pichon présentée à Palerme. En quoi cette discipline de la danse nourrit-elle vos mises en scène d’opéra ?

Quand on a la chance d’apprendre la danse très jeune à l’Opéra de Paris, on reste danseur toute sa vie, en gardant la rigueur, comme dans un sport de haut niveau. Dans mes spectacles d’Offenbach comme La Belle Hélène ou La Grande-duchesse de Gérolstein, je faisais même danser les choristes. Je ne pouvais pas imaginer qu’il n’y ait pas de danse dans Les Pêcheurs de perles.

 

Comment travaillez-vous avec le chef d’orchestre ?

C’est avant tout une complicité où l’accord doit être réciproque. Avec Robert Tuohy, lors de la création de ce spectacle à Limoges, l’idylle était parfaite parce qu’il était aussi passionné que moi par l’ouvrage. Je n’aurai aucun souci avec Giuseppe Finzi, que je vais rencontrer à Nice. Je ne mets jamais les chanteurs en danger, ayant moi même chanté très souvent dans des maisons lyriques. Lors de son air, Julien termine une note allongé, ce qui n’est pas facile, mais il a du plaisir à le faire. Il y a donc une harmonie entre chanteur, chef et metteur en scène, ce qui est une nécessité.

 

Votre rencontre avec l’art lyrique remonte à 1984, où vous étiez Don Pedro de La Périchole au Théâtre des Champs-Élysées. Qu’est-ce qui vous touche particulièrement dans un opéra ?

Ça me renvoie à l’enfance. La musique m’a toujours donné envie de bouger, c’est la raison pour laquelle j’ai très tôt appris la danse. De plus, l’opéra a un côté grosse machine, qui me séduit. C’est quelque chose d’énorme et je trouve ça jubilatoire. On a l’impression d’escalader une montagne, et on est fier en arrivant au sommet. J’aime aussi une certaine folie dans l’opérette, qui sert le plateau. D’une manière générale, on vient au théâtre pour rompre avec la morosité ambiante, et j’aime faire rêver d’autre chose.

 

Vous êtes aussi comédien et vous avez mis en scène Britannicus de Racine au début des années80, où vous jouiez Néron. Quelles traces ce souvenir vous a-t-il laissées ?

Ce fut un tournant dans ma vie. Je me suis toujours lancé des défis, et on a eu la chance de faire ce spectacle 250 fois à Paris et en tournée. On ne joue pas de la même manière après avoir été Néron. Cela demande une même énergie et un même dépassement de soi que chanter un opéra.

 

Vous avez repris au Festival d’Avignon de 2018 Master Class Nijinski, une pièce mise en scène par Faizal Zeghoudi, où vous incarnez le danseur. Quelle est l’idée de ce spectacle ?

Je joue le fantôme de Nijinski qui revient, entouré de quatre danseurs de danse contemporaine. S’attaquer à un tel mythe et le jouer de cette façon m’a séduit. J’avais envie de boucler une certaine boucle et d’être dans une pièce chorégraphique. J’ai par ailleurs d’autres beaux projets, dont un tour de chant de vingt grandes chansons sur Paris, en mars 2019 à l’Opéra de Limoges. J’adore le music-hall. J’aimerais monter Dialogues des carmélites, qui me fascinent, et L’Enfant et les Sortilèges parce que ça nous renvoie à l’enfance.

 

Pouvez-vous citer un souvenir particulièrement marquant dans votre itinéraire ?

Lorsque j’ai chanté pour la première fois Frick de La Vie parisienne à l’Opéra Comique en 1990, le lieu était tellement chargé d’histoire que je n’arrivais pas à émettre un son au début des répétitions. Il m’a fallu deux ou trois jours pour enfin oser : j’avais peur de déranger toutes ces voix qui étaient passées dans ce lieu.