Concert d'ouverture

19 sept. 2018

Concert d'ouverture

Dmitri Chostakovitch, une expression russe à deux visages

Dimitri Chostakovitch s’affirme comme l’un des compositeurs russes les plus prolifiques du 20e siècle.

Avec un corpus de composition important de cent quarante-sept oeuvres, dont quinze symphonies, six concerti, dont deux pour violon dédiés à David Oïstrakh, deux pour piano et deux pour violoncelle dédiés à Mtislav Rostropovich, quinze quatuors à cordes, des musiques de scène et de films, des ballets et des opéras, de la musique pour piano et de la musique de chambre, et même des « suites pour orchestre de jazz », Dimitri Chostakovitch s’affirme comme l’un des compositeurs russes les plus prolifiques du 20e siècle.

Né à Saint-Pétersbourg le 25 septembre 1906, Chostakovitch tentera d’évoluer toute son existence dans la complexité de la vie politique de son pays, affichant notamment des rapports difficiles avec Staline, et oscillant toute sa vie entre les contraintes acceptées de pages de circonstance écrites dans un rôle de compositeur « officiel » du régime (il fut secrétaire de l’Union des compositeurs et député du Soviet suprême), et des œuvres plus personnelles empreintes de liberté qui reflétaient un véritable idéal d’inspiration musicale.

Ce compromis assumé parfois facilement et parfois avec plus de difficulté entre les honneurs et les disgrâces, lui permettra de concilier sa carrière et ses aspirations personnelles d’homme et de musicien.

Son esthétique, souvent située entre une douleur intense et une ironie parfois sarcastique, mais profondément imprégnée des pensées que lui inspirait le monde dans lequel il vivait, restera certainement marquée par les premières années difficiles de sa vie aux cours desquelles, suite à la disparition de son père, il exercera ses talents comme pianiste dans des cinémas. Il en gardera le goût de l’image et certainement de la scène que l’on retrouve dans ses ballets et dans ses nombreuses musiques de films.

 

UNE OEUVRE IMPRÉGNÉE DES TRAGÉDIES DE SON ÉPOQUE

Mais la véritable dimension de son talent est à découvrir dans un langage puissant qui évolue de l’épure la plus spontanée pour atteindre parfois une force dramatique impressionnante, à la mesure des élans ou des désespoirs ressentis.

Parfois adulé, parfois mis au ban de ses pairs, Chostakovitch laissera à sa mort, survenue en 1975 à Moscou, une œuvre multiforme qui fut intimement lié à sa vie ainsi qu’aux événements tragiques vécus pendant ce siècle. Ainsi en témoigne sa 7e symphonie, dite Leningrad, reçue, dans son pays, et dans le monde entier, comme un symbole musical vivant de la lutte contre le nazisme. Chostakovitch y exprime avec intensité la situation tragique de son époque et la sienne propre à travers une musique qui laisse transpirer la profondeur et la diversité des sentiments qui agitaient le cœur et l’âme d’un musicien à la personnalité complexe et à la sensibilité exacerbée.

 

Par Philippe Depetris