Montserrat Caballé (1933-2018)

8 oct. 2018

Montserrat Caballé (1933-2018)

Communiqué d'Eric Chevalier sur la disparition de Montserrat Caballé.

Très régulièrement, je réécoute un enregistrement qui m’est cher : Les sept chansons populaires espagnoles de Manuel de Falla interprétées par Montserrat Caballé. Tout l’art de cette grande dame s’y trouve résumé : pureté du timbre, exceptionnelle longueur du souffle, qualité de l’expression. Sa voix et sa personne sont de celles qui vous marquent pour la vie.

Elle était de ces immenses artistes aux carrières exemplaires. La sienne a débutée en Suisse en 1956, à l’Opéra de Bâle puis ce fut Brême. Elle y connût la vie de chanteuse en troupe, les saisons se bâtissaient alors sur un répertoire large et les œuvres à l’affiche changeaient tous les soirs. Elle enchaîna ainsi tous les personnages du grand répertoire avec pas moins de quarante-deux rôles appris en six ans ! Ce dur apprentissage est sans nul doute ce qu’il y a de plus formateur pour les artistes lyriques. Ceux qui résistent à cette épreuve sont ceux dont les carrières sont les plus longues et je ne peux que regretter ici que de telles opportunités ne puissent plus être offertes, aujourd’hui, aux jeunes chanteurs formés en France.

Rédiger ici un catalogue de tout ce que Montserrat Caballé a chanté serait vain tant il est étendu. Comme bon nombre d’entre vous, je l’ai entendue pour la première fois aux Chorégies d’Orange en 1974 dans cette inoubliable Norma où, opposée à  cet autre monstre sacré qu’était Jon Vickers, elle lutta contre un Mistral exceptionnel jusqu’au triomphe final. Puis en 1977, elle était la Reine Elizabeth d’Angleterre face à José Carreras dans le Roberto Devereux de Donizetti au Festival d’Aix-en-Provence. Toujours à Orange, je l’avais revue dans Forza del destino puis dans un Don Carlo mémorable. J’étais figurant dans cette Turandot à l’Opéra de Paris en 1981, dirigée par Seiji Ozawa et mise en scène par Margarita Wallmann. Imperturbable lorsque cette poule noire morte fut jetée sur scène par un mauvais plaisantin, Montserrat Caballé descendit tout en chantant le redoutable « In questa Reggia », l’imposant escalier conçut par Jacques Dupont pour tourner par trois fois autour du cadavre et remonter ensuite l’escalier, démontrant ainsi qu’il en fallait plus pour l’impressionner. Le public lui fit une ovation. C’est un peu plus tard, pour les représentations d’Ariadne auf Naxos de Richard Strauss à l’Opéra-Comique en 1986, que j’ai pu apprécier l’humilité de cette grande dame, travaillant et travaillant encore pour répondre aux exigeantes indications de mise en scène de Jean-Louis Martinoty. Ceux qui l’entouraient alors se souviendront toujours de sa simplicité, de son inaltérable bonne humeur. Jeune assistant décorateur à cette époque, j’ai eu le plaisir d’être de ceux-là.

Au revoir Madame,

Eric Chevalier