Faust Symphonie, un défi pour l'orchestre !

22 janv. 2019

Faust Symphonie, un défi pour l'orchestre !

Une œuvre à écouter lors du concert des 1er et 2 février

Fruit d’une longue gestation intellectuelle, initiée par Hector Berlioz, fresque grandiose à la dimension spirituelle intense, la Faust Symphonie de Franz Liszt lui fut inspirée par Goethe.

 

Dédiée à Berlioz (qui dédia lui-même sa Damnation de Faust à Liszt), elle fut créée à Weimar le 5 septembre 1857 sous la direction du compositeur lui-même à l’occasion de l’inauguration d’un monument érigé pour honorer Goethe et Schiller.

À l’âge de quarante-trois ans, Liszt atteint la plénitude de ses moyens et son intérêt pour l’expression orchestrale ouvre la voie à ses plus belles œuvres symphoniques. En trois mouvements, trois portraits intitulés Faust, Gretchen (Marguerite) et Méphistophélès, il démontre à la fois ses capacités d’orchestrateur et la richesse de son inspiration. La force et l’énergie et la mobilité du discours musical sont mises au service de la description de l’atmosphère fantastique qui synthétise la lutte éternelle entre le bien et le mal ainsi que de la psychologie du personnage principal qui décide de passer un pacte avec le diable et ne mesure pas les conséquences de son engagement.

 

RICHESSE THÉMATIQUE

L’ampleur de cette première partie (30 minutes) et son architecture complexe décrivent la nature tourmentée de Faust, écartelé entre son insatisfaction permanente et sa soif de reconnaissance.

La richesse thématique de la partition traduit admirablement ses contradictions et ses interrogations métaphysiques. Dans la seconde partie dédiée à Marguerite, seront évoquées par la poésie des flûtes, clarinettes et hautbois, la pureté, la tendresse et l’amour nimbés d’un lyrisme serein. Enfin l’aspect quasi-caricatural de l’évocation de Méphistophélès allant jusqu’à la dérision, conduira à l’apothéose qui annonce la rédemption par l’amour symbolisée par la toute-puissance de l’Éternel Féminin. Cette œuvre aux vastes dimensions qui s’appuie sur un mythe universel, fera considérer à juste titre Franz Liszt comme l’un des, sinon « le » précurseur du poème symphonique.

Purement instrumentale à son origine dans sa première version de 1854, la Faust-Symphonie fut enrichie en 1857 par l’ajout d’un chœur d’hommes et du chant d’un ténor solo qui amèneront un final à la fois intense et apaisé.

Elle constitue une œuvre majeure de la musique symphonique du XIXe siècle romantique, malheureusement trop peu présente au concert.

Sa difficulté et l’ampleur des moyens orchestraux et du niveau d’exécution qu’elle impose, réserve sa production aux meilleures formations. Son exécution par l’Orchestre Philharmonique de Nice sous la direction éclairée de György G. Ráth s’annonce donc comme un événement.

 

Par Philippe Depetris