Rencontre avec Daniel Gil de Tejada

22 janv. 2019

Rencontre avec Daniel Gil de Tejada

Vainqueur du concours international de direction d’orchestre de l’Opéra de Nice en 2018, il dirirgera le concert des 8 et 9 mars prochains

En septembre dernier avait lieu à l’Opéra et au Conservatoire, le premier concours international de direction d’orchestre de Nice.

 

Une centaine de concurrents du monde entier ont posé leur candidature. Après une sélection sur dossier et sur vidéo, soixante furent retenus.

Pendant une semaine, des épreuves éliminatoires se sont déroulées au piano puis avec une formation réduite du Philharmonique de Nice.

Pour l’épreuve finale, qui s’est déroulée avec l’Orchestre Philharmonique de Nice au complet, trois candidats sont restés en compétition : le Hongrois Kornel Thomas, le Roumain Cristian Orosanu, et l’Espagnol Daniel Gil de Tejada. C’est ce dernier qui l’a emporté.

Il dirigera, le vendredi 8 et le samedi 9 mars, un concert dont le programme comportera une pièce contemporaine, Tour à Tour, de Philippe Hurel, des extraits de l’opéra Le Trouvère de Verdi, et La Mer de Debussy.

 

Pourquoi vous êtes-vous présenté à ce concours ?

Parce que ce concours était attaché à l’Opéra de Nice et que cet établissement jouit d’une grande réputation internationale. J’ai été aussi attiré par la possibilité qui était offerte au vainqueur de donner deux concerts avec le Philharmonique de Nice et un avec le Györ Philharmonic orchestra en Hongrie.

 

Les épreuves ont-elles été difficiles ?

Oui. Car elles exigeaient la connaissance d’une énorme quantité de répertoire : trois symphonies, huit ouvertures, cinq concertos, le Concerto de Bartók – qui est l’une des œuvres symphoniques les plus difficiles - et trois airs d’opéras de Mozart. À part cela, le principe-même du concours est très dur : vous devez démontrer, en un temps limité, que vous avez une connaissance complète de l’œuvre que vous dirigez, que vous avez les aptitudes techniques pour faire travailler l’orchestre dans le détail et que vous avez une personnalité suffisamment affirmée pour le diriger.

 

Aviez-vous déjà dirigé auparavant certaines oeuvres

que vous avez présentées au concours de Nice ? Je n’avais dirigé que trois ouvertures : celles de La Flûte enchantée de Mozart, de Guillaume Tell de Rossini, de La Chauve-souris de Johann Strauss, ainsi que les airs d’opéras de Mozart. Je connaissais les autres œuvres du répertoire mais ne les avais jamais dirigées. Pendant les cinq jours de préparation des demi-finales, les candidats ont eu des répétitions avec l’orchestre. Cela leur a permis de s’habituer à lui. Pour ma part, j’ai dirigé la 1e Symphonie de Beethoven lors de la première épreuve éliminatoire, la 8e Symphonie de Schubert et deux mouvements de la Symphonie du Nouveau Monde de Dvořák lors de la deuxième épreuve éliminatoire. Pour la demi-finale, j’ai dirigé deux mouvements du Concerto pour violon de Brahms et l’ouverture de La Force du Destin de Verdi. Enfin, pour la finale, j’ai conduit le 5e. Mouvement du « Concerto » de Bartók et un air du Don Juan de Mozart.

 

Êtes-vous venu dans l’intention de « gagner » ou seulement de « participer » ?

Quand je me présente à un concours, c’est dans le but d’accéder à la finale. Ensuite, la victoire, c’est autre chose ! J’ai passé d’autres concours, le principal est de toujours avoir une attitude positive. La préparation est très importante. Dans le cas de la direction d’orchestre, une chose est aléatoire : le contact avec les musiciens ; on ne sait jamais à l’avance comment cela se passera. Et là, ça s’est très bien passé !

 

Connaissiez-vous les autres concurrents ?

J’avais rencontré certains lors d’autres concours. Les cinq journées avant la demi-finale nous ont donné l’opportunité de nous connaître. Tous les concurrents étaient des gens de qualité avec des styles de direction bien différents. Je dois dire que j’ai beaucoup appris en voyant comment mes rivaux travaillaient avec l’orchestre !

 

Quelles sont, pour vous, les principales qualités d'un chef d'orchestre pour diriger le programme du concert des 8 et 9 mars ?

Connaître sa partition à fond. Savoir répéter dans le calme et la sérénité, dans une atmosphère toujours positive mais en communiquant en même temps cette énergie qui permettra aux musiciens de donner le meilleur d’eux-mêmes.

 

Est-ce que vous vous dirigerez vers le symphonique ou le lyrique ?

J’adore diriger l’opéra mais celui-ci est plus difficile que le symphonique car il y a à la fois du monde sur scène et dans la fosse et, souvent, l’orchestre n’entend pas les chanteurs depuis la fosse. Au chef, donc, de créer un lien efficace entre la scène et la fosse!

 

Pensez-vous que vous vous présenterez à d’autres compétitions ?

Non, je pense que celui de Nice sera le dernier. J’ai déjà été lauréat de six concours, ai gagné trois premiers prix, deux seconds, et un troisième. Ça suffit ! L’important n’est pas forcément de gagner mais d’établir des contacts avec des agents et des orchestres. Mon rêve serait d’être attaché à un orchestre ou un opéra et, bien sûr, de continuer à devenir toujours meilleur…

 

Par André Peyrègne