Jean-François Zygel

29 janv. 2019

Jean-François Zygel

Accompagne la projection du film muet "Faust, une légende allemande" de Murnau (ciné-concert), le dimanche 17 mars à 20h

La preuve par Zygel !

 

De nos jours, les pianistes accompagnateurs de cinéma muet ont quasiment disparu. Les rares qui existent encore accompagnent des projections de films historiques dans des cinémathèques, participent à des festivals de films anciens ou à des spectacles exceptionnels comme celui que propose l’Opéra de Nice avec la projection du film Faust de Murnau.

Parmi ces pianistes figure Jean-François Zygel, lequel a porté au plus haut niveau la pratique de l’improvisation pianistique.

Il enseigne cette discipline au Conservatoire National Supérieur de Paris en dehors des concerts qu’il donne et des émissions qu’il assure à la radio (La preuve par Z sur France Inter) ou de télévision. Le film du Faust de Murnau qu’il accompagnera à l’Opéra de Nice date de 1926. Il n’est en aucune façon une reprise des oeuvres de Gounod ou de Berlioz : il s’inspire de la légende du XVIe siècle de Faust.

À l’origine de cette histoire se trouve un pari passé entre l’archange et le diable : si ce dernier parvient à démontrer que l’homme est aussi noir qu’il le prétend, alors la Terre sera à lui sinon il devra y renoncer. Le diable (Méphisto) prend Faust pour cobaye.

 

À quel moment de votre carrière vous êtes-vous tourné vers l’improvisation ?

Tout est venu de Mozart. À l’école, on nous avait passé un petit film, dans lequel on voyait le jeune Wolfgang improviser à la demande dans un salon, couvert de bisous par de jolies marquises et de charmantes duchesses. À peine rentré chez moi, j’ai pompeusement déclaré à mes parents : « Plus tard, je ferai comme Mozart, j’improviserai». J’avais huit ans et il n’y avait pas encore de piano à la maison...

 

L’improvisation est-elle suffisamment enseignée en France ?

Non, hélas. Alors qu’on la trouve au cœur des concerts du XVIIe, du XVIIIe et de la première moitié du XIXe siècle, la plupart des musiciens classiques s’en sont peu à peu détournés pour ne se consacrer qu’aux œuvres écrites du répertoire. C’est pourquoi j’ai fondé, voici une quinzaine d’années, la classe d’improvisation au piano au Conservatoire National Supérieur de Paris.

 

Quand vous accompagnez un film, le visionnez-vous à l’avance ?

Je fais plus que le visionner d’un bout à l’autre : je le regarde en détail, jusqu’à en connaître chaque scène plan par plan.

 

Préparez-vous un plan pour votre accompagnement pianiste du film ?

J’en fixe le découpage musical : tempos, intentions, ambiances, caractères, ruptures et transitions. À l’intérieur de ce cadre, c’est ma fantaisie et l’imagination du moment qui dictent leurs lois. Et bien sûr, il m’arrive de ne pas faire exactement ce que j’avais prévu !

 

Dans votre accompagnement, êtes-vous porté à soutenir une atmosphère, une action, un personnage ?

Le rôle de la musique est multiple. Elle peut renforcer l’action, planter un décor, ralentir ou accélérer le temps, préciser une scène, ou encore enrichir l’image d’un contrepoint inattendu. La musique incarne le mouvement des sentiments, révèle les enjeux cachés.Elle sert aussi de moteur d’entraînement des images.

 

Avez-vous toujours le même style ou votre style musical s’adapte-t-il à chaque film ?

Chaque film est un univers, un monde différent. Donc j’invente pour chaque film que je mets en musique un style et un univers musical spécifiques.

 

Quelles sont les difficultés de l’exercice ?

Le fait de devoir jouer pendant aussi longtemps sans interruption, avec une fraîcheur d’inspiration et une imagination toujours renouvelée. La responsabilité est grande : le pianiste est en quelque sorte le dernier metteur en scène du film.

 

Êtes-vous particulièrement inspiré par le Faust de Murnau ?

J’aime le mythe de Faust, cet homme qui refuse les limites de l’être humain et le passage du temps. Mais le Faust de Murnau n’est ni celui de Gounod, ni celui de Berlioz. C’est par amour, et pour soulager ses prochains frappés par la peste, qu’il cède à la tentation satanique. Ses remords, sa faiblesse, son tourment le rendent terriblement émouvant et proche. On aimerait le prendre dans nos bras, et sa rédemption finale nous apaise.

 

Quels sont vos projets ?

Après mon dernier album L’Alchimiste paru chez Sony, je prépare un disque en solo qui paraîtra la saison prochaine chez Naïve. Côté concerts, je joue de plus en plus souvent en Asie qui, pour de multiples raisons, m’apparaît comme la nouvelle patrie de la musique classique. Côté ciné-concerts, je reprendrai Faust cet été pour les Chorégies d’Orange, après avoir mis en musique le Nana de Jean Renoir à la Cinémathèque française, City Girl de Murnau à la Philharmonie Luxembourg (établissement où je suis artiste en résidence pour la quatrième année consécutive), Nosferatu à la Philharmonie de Paris, Aelita à la Halle aux Grains de Toulouse, Le Fantôme de l’Opéra à Draguignan et à l’Auditorium de Lyon et Les Misérables d’Henri Fescourt (l’intégrale en six heures !) au Parvis de Tarbes.

 

Par André Peyrègne