Rencontre avec Henri-Jean Schubnel

1 févr. 2019

Rencontre avec Henri-Jean Schubnel

Le Philharmonique de Nice va donner la création de la Cantate selon Saint-Luc du compositeur niçois Henry-Jean Schubnel

HENRI-JEAN SCHUBNEL, UN COMPOSITEUR NIÇOIS EXPERT EN DIAMANTS !

 

Le Philharmonique de Nice va donner la création de la Cantate selon Saint-Luc du compositeur niçois Henry-Jean Schubnel. L’œuvre date de 1959 et a été composée dans des circonstances bien particulières.

 

Quand êtes vous entré au conservatoire de Nice ?

En 1949 dans la classe de piano de Berthe Frenkel. C’était auparavant mon professeur particulier de piano. Lorsqu’après la guerre, cette enseignante israélite a été rétablie dans ses droits de professeur au conservatoire, elle m’a fait entrer dans cet établissement.

 

Vous avez ensuite bifurqué vers l’orgue ?

Oui, je suis entré dans la classe de René Saorgin où j’ai obtenu un « Grand Prix de la ville de Nice » en 1954.

 

Quand avez-vous abordé la composition ?

À 12 ans, quand j’ai composé mon premier Thème et variations. J’étais alors partagé entre ma passion pour les minéraux et pour la musique. Dès l’âge de 10 ans, je collectionnais en effet les pierres rares. Adolescent j’étudiais ce domaine scientifique en autodidacte.

 

Et c’est dans la gemmologie que vous avez fait votre carrière !

Oui, après avoir été ouvrier bijoutier à ma sortie du collège Victor Duruy à Nice, j’ai pu intégrer un laboratoire de diamants à Paris et, après avoir fait une thèse en 1970, j’ai intégré le Museum d’Histoire naturelle de Paris où j’ai gravi les échelons jusqu’au titre de professeur. C’est là que j’ai accompli ma carrière, étant appelé sur des gisements de diamants un peu partout dans le monde : au Brésil, en Inde, en Tanzanie, en Birmanie, à Bornéo.

 

En tant que compositeur, combien avez-vous écrit d’œuvres ?

Trente-huit : musique de chambre, œuvres pour piano, pour orgue, pour harpe, un poème symphonique, trois œuvres religieuses sur l’Ancien et le Nouveau Testament, un opéra, Nahylia, qui est l’histoire d’une princesse de 17 ans, victime d’une guerre familiale entre deux demi-frères.

 

De quand date votre Cantate selon Saint-Luc ?

De 1959. C’est mon opus 7. Elle est inspirée par le texte de la Tentation du Christ : « Jésus, rempli du Saint-Esprit, revint du Jourdain. Il fut conduit par l'Esprit dans le désert où il fut tenté par le diable ». L’œuvre est pour grand orchestre, chœur et orgue. Je l’ai composée lorsque je partais pour la guerre d’Algérie. J’avais peur de mourir. J’étais obsédé par le destin de Jehan Alain, organiste compositeur mort à la Deuxième guerre mondiale à l’âge de 29 ans. Je pensais que mon sort pourrait être le même. Je me suis dit qu’il fallait que je laisse quelque chose derrière moi. Ce fut cette cantate. Je l’ai un peu corrigée lorsque je suis revenu d’Algérie, mais ne l’ai plus retouchée depuis. Elle n’a jamais été jouée. Ce sera sa création soixante-cinq ans après…

 

Par André Peyrègne