Entretien avec Jean De Pange

15 févr. 2019

Entretien avec Jean De Pange

Metteur en scène de La Carrière du Libertin, les 1er, 3 et 5 mars à l'Opéra

Pas assez d'une vie pour être sage...

 

Après avoir notamment monté en 2008 The Fairy Queen de Purcell à Rennes et Pelléas et Mélisande à Metz, le comédien et metteur en scène de théâtre Jean de Pange vient à Nice avec The Rake’s progress de Stravinsky dont il va proposer un travail très pictural.

 

Que représente pour vous cette Carrière du libertin ?

C’est l’une des oeuvres du répertoire lyrique les plus excitantes à mettre en scène. Elle ne permet pas la neutralité et impose un regard.

Tom Rakewell est une figure très touchante, qui représente la naïveté de notre existence, en écho avec notre propre enfance. C’est comme si l’être humain n’avait pas assez d’une vie pour être sage : le temps de devenir adulte, il est déjà mort. Le passage qui me touche le plus reste la scène finale dans l’asile, qui vient en contraste avec le reste de l’œuvre où le traitement de la douleur est un peu décalé. Cette fin est musicalement très forte dans l’expression des regrets deTom qui se retourne sur son existence et sa folie agonisante.

 

Quels sont les grands axes de votre mise en scène ?

Auden et Stravinsky ont souhaité écrire cette oeuvre à partir de gravures du XVIIIe siècle de William Hogart, ce qui n’est pas commun.

Ces huit peintures dépeignent la vie d’un débauché qui, à la suite d’un héritage, se laisse tenter par la facilité de l’argent. La figure d’Anne Trulove est déjà présente dans chacune d’elles. Avec mon scénographe, Mathias Baudry, nous nous sommes intéressés au travail d’Hogart qui aurait pu choisir le théâtre et la littérature. Il y a en effet une vraie dramaturgie dans ses images. C’est dans cette tension, de l’image fixe à l’opéra, que nous avons eu envie de travailler. Nous nous sommes centrés sur ce personnage enfermé dans des gravures, qui n’a pas le droit d’exister et que le peintre manipule pour faire un discours moral.

C’est sur cette figure d’un Nick Shadow peintre manipulateur que nous nous sommes racontés une histoire. Le plus intéressant, c’est ce qui se passe entre ces gravures.

Toute la scénographie repose sur le cadre du tableau dont un homme est condamné à être le centre

et qui se débat ; sa rébellion est le moteur de l’action.

 

Vous avez signé une mémorable vision de Pelléas et Mélisande à Metz en 2008. Quel souvenir en gardez- vous ?

C’est aussi une œuvre qui oblige le metteur en scène à se positionner. Comme pour ce Rake‘s progress, nous avons eu avec mon scénographe une volonté d’intemporalité sur cet ouvrage, pour être du côté de la réflexion dramaturgique : on n’est nulle part ailleurs que sur un plateau de théâtre.

 

Par Christophe Gervot