La Damnation de Faust d'Hector Berlioz

5 mars 2019

La Damnation de Faust d'Hector Berlioz

Les 22 et 24 mars, à l'Opéra (version de concert)

TOURBILLON ROMANTIQUE

 

Hector Berlioz n’avait pas envisagé La damnation de Faust pour la scène. Cette légende dramatique, destinée au concert, a été créée à l’opéra comique en 1846. Le compositeur n’en verra jamais de proposition scénique puisque la première d’entre elles aura lieu à Monte-Carlo, en 1893, vingt-quatre ans après sa disparition.

L’œuvre est d’une telle puissance dramatique qu’elle se suffit à elle même, sans nécessité d’une mise en scène. De plus, certains passages sont véritablement injouables, comme si Berlioz, dans son désir d’invention de formes nouvelles, avait inventé un opéra qui refuserait de se prêter au jeu.

Certaines mises en scène jouent aujourd’hui avec l’éclatement des repères spatiaux et temporels en

adoptant des solutions très cinématographiques.

 

AU CROISEMENT DE LA LITTÉRATURE ET DE LA MUSIQUE

Berlioz a prouvé, dans ses nombreuses chroniques et mémoires, sa passion de l’écrit. Il l’a confirmée en rédigeant lui-même les livrets de ses œuvres lyriques, témoignant ainsi de son souci d’une symbiose entre le mot et la note.

Les sources de ses œuvres sont très littéraires. Il s’empare de Shakespeare pour son poème dramatique Roméo et Juliette, et pour Béatrice et Bénédict d’après la pièce Beaucoup de bruit pour rien. Il revisite Virgile dans Les Troyens, son œuvre monumentale, jamais représentée intégralement de son vivant.

C’est du côté de Goethe et de l’adaptation française de Faust par Gérard de Nerval qu’il se tourne pour La damnation de Faust, une œuvre très marquée par le mouvement romantique.

 

PAYSAGES INTÉRIEURS

La damnation de Faust est un pont entre le romantisme allemand et le romantisme français. L’intrigue est resserrée et divisée en quatre parties, avec exclusivement les trois caractères centraux. On y retrouve le motif du vieillissement et du temps qui passe : le pacte avec Méphisto n’est-il pas la conséquence d’une angoisse existentielle ? Il s’y ajoute le thème de la solitude de l’homme, et de l’artiste, en écho à la puissante Symphonie fantastique (1830).

Faust trouve, à deux reprises, une nature consolante, caractéristique du paysage romantique, une « nature immense, impénétrable et fière ».

Les amours impossibles, contrariées par des lois diaboliques, apportent également une mélancolie chère aux artistes maudits de la première moitié du XIXe siècle. La brûlante aria de Marguerite, abandonnée, « D’amour, l’ardente flamme », d’une sensualité désespérée, est l’un des moments les plus forts de la partition.

Avant Charles Gounod (1859), Mefistofele d’Arrigo Boito (1875), ou le fascinant Docteur Faust de Ferruccio Busoni (1925), le mythe de Faust nourrit, déjà ici, l’expression par la voix des déchirements les plus intimes, comme la lutte ancestrale du bien et du mal.

 

Par Christophe Gervot