Le Ballet aux Arènes de Cimiez

24 mai 2019

Le Ballet aux Arènes de Cimiez

Les 28 et 29 juin, le ballet invetsit les Arènes de CImiez avec Cassandra de Luciano Cannito

UN CLAN DES SICILIENS
 

Pour mener rondement ses évolutions estivales, le Ballet Nice Méditerranée a jeté son dévolu sur une chorégraphie qu’il dansera en plein air : Cassandra. La compagnie niçoise se frottera à l’œuvre pour la toute première fois et cela va sans doute quelque peu piquer les yeux car la pièce convoque dans son sillage des éléments d’une actualité brûlante. La loi des hommes, la violence faite aux femmes, l’exclusion de l’étranger… Cette création de Luciano Cannito a vu le jour en 1996 et puise son argument dans le livre éponyme de la romancière allemande Christa Wolf. Cannito est un fidèle complice de jeu du BNM, qui s’est déjà délecté d’un Marco Polo et d’un Viva Verdi, deux pépites du chorégraphe italien désormais à son répertoire.

Avec Cassandra, on voit très vite pourquoi cette transposition de la Guerre de Troie dans un petit village sicilien a pu interpeler le chorégraphe. Le joyeux et facétieux Luciano Cannito de Viva Verdi, celui qui se fait conteur dans Marco Polo, change ici de tonalité et opte pour un registre âpre et tragique. Son héroïne représente une féminité écartelée entre un modèle matriarcal ancestral et une figure de l’émancipation incarnée par le personnage d’Hélène. Sous la surface du « soap opera » troyen, le chorégraphe explore les méandres d’un inconscient collectif machiste et belliqueux, son poids néfaste sur le monde et les êtres exposés à ce foyer de radiations nocives.

 

UNE TOUCHE DE NÉORÉALISME

À chaque fois, qu’il s’en amuse ou qu’il évoque la chose avec gravité, c’est sans doute pour lui une façon d’interroger ce que peut signifier la notion d’identité italienne, entre clichés et folklore, entre mythes et réalité. Des drames néoréalistes aux films de la pop culture, d’un pittoresque enjoué à plus de noirceur, toute une imagerie puisée dans le cinéma s’invite aussi dans son art de chorégraphe. Devant Cassandra, on pense au Visconti première période du cinéaste, avec son film sur un village de pêcheurs siciliens, Terra Trema, ou encore à Ossessione, ce drame vénéneux de la passion sur fond d’Italie populaire. Luciano Cannito sait créer un climat à partir de tout un entrelacs de références et de clins d’oeil et en faire un matériau neuf. Par le passé, Éric Vu-An, directeur du Ballet Nice Méditerranée, avait été séduit par cet univers chorégraphique si vivant. Il a lui-même dansé le rôle d’Énée, personnage masculin principal de Cassandra. Il propose au public azuréen de (re) découvrir ce ballet, en le recréant sur la scène des Arènes de Cimiez. Sculpté par les siècles, le décor de ruines antiques qu’offre le site a lui aussi cette splendeur dévastée des vieilles pierres que l’on retrouve parfois dans des villages de Sicile. Dans le sillage du BNM, la Cassandra de Luciano Cannito sera ici comme chez elle ! À noter, le BNM dansera également Cassandra le 27 juillet au Festival de Ramatuelle. Auparavant, invité du Festival de Vaison-la-Romaine, la compagnie interprètera Don Quichotte le 17 juillet.

 

Par Franck Davit