Entretien avec Pier-Francesco Maestrini

14 oct. 2019

Entretien avec Pier-Francesco Maestrini

Il est le metteur en scène de l'opéra Andrea Chénier de Giordano, du 22 au 28 novembre

PIER FRANCESCO MAESTRINI

[Mise en scène]

 

UNE NARRATION CONCISE ET PUISSANTE

 

Pier-Francesco Maestrini propose à Nice sa vision d’Andrea Chénier de Giordano, dans un spectacle aux références historiques et picturales qui exaltent le déchaînement des passions.

 

Vous reprenez votre mise en scène d'Andrea Chénier, créée à Tours en mai dernier. Comment présenteriez-vous votre spectacle ?

Andrea Chénier est l’un de ces titres qu’il est pratiquement impossible de sortir de son contexte. Plus encore que dans Tosca ou que dans tout autre opéra à forte connotation historique, l'intrigue n'est pas simplement en lien avec les événements cités dans le livret, elle est l’événement. Nul besoin d’histoire d'amour qui ait lieu pendant la Révolution, nous sommes au cœur de celle-ci et aucune autre n'a changé autant le monde que la Révolution française. Aussi, essayer de trouver une adaptation se passant à un autre moment dans l'histoire amoindrirait immédiatement la force de l’ouvrage.

Quand je dois relever un défi de ce type, je fouille autant que possible l'intrigue et j'essaye de visualiser des solutions que je n'ai pas encore vues ou expérimentées dans de précédentes productions.

 

Qu'est-ce qui vous bouleverse dans cet opéra d'Umberto Giordano ?

J'aime la perfection de l'écriture du livret par Luigi Illica, l'un des plus grands dramaturges italiens, connu pour son travail avec Giuseppe Giacosa sur trois opéras de Puccini. Ici, grâce au talent musical de Giordano au mieux de sa forme, on atteint le sommet du vérisme italien, dans une narration concise et puissante.

 

Que représentent pour vous les personnages centraux de cet ouvrage, Maddalena di Coigny, Andrea Chénier et Charles Gérard ?

Ces trois personnages majeurs sont incroyables. Maddalena est celle qui change le plus, alors que son monde est bouleversé et qu'elle tente de s'accrocher au pouvoir de l'amour. Tout bascule également pour Charles Gérard mais il démontre à la fin que son cœur est bon, dans un rebondissement très crédible. Chénier est le plus droit et le plus cohérent des héros de cet opéra, il observe ce qui se passe autour de lui d’un regard passionné, avec un esprit analytique et ouvert.

 

Quelle est la fonction des personnages plus secondaires, comme Madelon, qui a malgré tout un fort impact dramatique ?

La scène la plus infime est bien construite et significative pour le drame : c’est aussi pour cette raison que j’aime l’ouvrage. Face à l'aria de Madelon, nous nous sentons, tout comme Gérard, obligés d'accepter son sacrifice dans un mélange de compassion et d’admiration, comme le suggère la musicalité de ses réponses.

 

Comment avez-vous travaillé les décors avec Nicola Boni et quelles ont été vos sources ?

Aucun des quatre actes n'est extrêmement long. Aussi, nous voulions pouvoir passer d'une scène à l'autre de façon à ne proposer qu'un entracte, tout en montrant quatre images aux atmosphères très différentes. Celles-ci sont liées par un sentiment d'instabilité exprimé par un plan incliné, métaphore de la vie où tout peut soudain basculer. Nous avons aussi songé aux peintures de cette époque, des atmosphères de Watteau à l'effrayant Assassinat de Marat de Jean-Joseph Weerts.

 

D'une manière générale, qu'est-ce qui vous touche dans ce répertoire vériste ?

C'est le miroir d'une époque. Tous les opéras ne sont pas des événements majeurs mais nous avons affaire ici à un chef-d’œuvre. La puissance de cet ouvrage réside dans l'imbrication parfaite de la musique et du texte, donnant naissance à une romance à trois voix, qui se développe telle une icône au fil des quatre actes,

 

Vous avez monté une mémorable Tosca à Tours en 2016 et également à Nagoya au Japon ainsi qu’à Cagliari. Quels souvenirs en gardez-vous ?

Tosca est l'un des titres que j'ai le plus mis en scène, sans doute dans dix productions différentes. Les plus récentes sont généralement celles que j'aime le plus. Elles n’ont bien-sûr pas été les mêmes, surtout celle de Nagoya qui avait lieu en plein air, et qui demandait de relever d’autres défis. À Cagliari, on retrouvait des échos de l'idée générale mise en scène à Tours. Mais rien n'est parfait, et il y a toujours quelque chose à ajouter.

 

D'où vous vient votre passion pour l'opéra ?

C'est une histoire de famille. Mon père était metteur en scène à l'âge d'or : entre les années 50 et 60. Il a signé plus de vingt-cinq productions à la Scala de Milan et plus de vingt aux arènes de Vérone. Maman était une pianiste de renom. Il m’était donc quasiment impossible de ne pas aimer l'opéra.

 

Quels ouvrages rêveriez-vous de monter ?

J'ai monté le Faust de Gounod pour la première fois en Slovénie le mois dernier. J'aime vraiment le répertoire français dont je n'ai pourtant mis en scène que trois ouvrages : Carmen, à plusieurs reprises, Les Pêcheurs de perles de Bizet et Orphée aux Enfers d'Offenbach. Mon opéra préféré est probablement le Don Quichotte de Massenet dont les personnages et la musique me touchent beaucoup. J'ai été par deux fois sur le point de le monter mais ce n'est jamais arrivé. Aussi, j'ai hâte de le mettre en scène.

 

Par Christophe Gervot