Andalousie de Francis Lopez

20 sept. 2021

Andalousie de Francis Lopez

Le Festival d'opérette et comédie musicale de la Ville de Nice s'ouvre samedi 25 septembre avec Andalousie

La Ville de Nice et l'Opéra Nice Côte d'Azur présentent le XXe Festival d'opérette et comédie musicale de la Ville de Nice
Conseillère en charge de la direction artistique Melcha Coder


Andalousie

Francis Lopez

 

Les aléas de la guerre ont fait naître le prince de l’opérette à Montbéliard. Mais Francis Lopez avait l’Espagne dans ses veines : ses ancêtres, Basques, avaient émigré en Amérique du Sud, avant de « rentrer au pays » pour retrouver leurs racines. La Guerre de 14-18 avait fini par mener son père sur le front de l’Est… Mais très vite, Lopez replonge dans ce Pays-Basque dont les rythmes et les couleurs vont nourrir l’inspiration et la musique. Dès le début des années 40, il parvient à se faire un nom dans le milieu de la chanson : ses compositions sont chantées par de jeunes talents tels qu’André Dassary ou Georges Guétary, voire par des stars déjà bien installées : Maurice Chevalier, Tino Rossi, Léo Marjane… Sa vocation est la bonne : il se consacrera désormais à la composition.

Et sitôt la Seconde Guerre mondiale terminée, il va durant plus de vingt ans réussir le tour de force d’enchaîner les succès populaires, créant sans discontinuer quelques-unes des opérettes les plus justement célèbres de l’après-guerre. Après La Belle de Cadix (1945), où brille un tout jeune ténor promis à un fabuleux succès, Luis Mariano, Andalousie (1947) se veut plus ambitieuse. Pari aussitôt transformé ! Il est vrai que Francis Lopez et ses librettistes Raymond Vincy et Albert Willemetz avaient mis pas mal d’atouts de leur côté. L’histoire d’Andalousie a en effet tout pour séduire : elle se passe en Espagne et au Venezuela., à la fin du XIXe siècle. Dans le petit village andalou de Toblada, le jeune Juanito Perez est la coqueluche de toutes les filles. Mais lui n’aime que Dolorès, la fille de l’aubergiste – ils se sont d’ailleurs juré une fidélité éternelle. Or pour obtenir la main de la belle, Juanito doit faire fortune. Il se lance alors dans la carrière risquée de torero… Ses débuts à Grenade sont tellement époustouflants qu’il se voit proposer une tournée au Venezuela. C’est là que tout se complique : à Caracas, Juanito ne reste pas insensible au charme de Fanny Miller. C’est d’ailleurs avec elle qu’il décide de rentrer au pays… Jalouse, Dolorès veut se venger et, pour ce faire, décide de faire tourner les têtes : elle sera danseuse ! C’est dans le cabaret de Séville, où elle se produit, que Juanito, qui n’a jamais cessé de penser à elle, la retrouve. La dispute est houleuse – à l’espagnole ! D’ailleurs, Valiente, un politicien de Caracas, amoureux éconduit de Fanny Miller, se mêle à la dispute, trop heureux de pouvoir lui aussi se venger de Juanito. Il fait alors une cour empressée à Dolorès, à laquelle la jeune fille fait semblant d’agréer… Désespéré, Juanito décide de se laisser tuer par le taureau lors de son prochain combat dans l’arène. Mais grâce au grand cœur de Fanny, qui lui révèle que Dolorès l’aime toujours, tout sera bien qui finira bien… Comme il se doit à l’opérette !

On le voit, tous les ingrédients du succès populaire étaient au rendez-vous, avec ce savant dosage d’exotisme et de folklore dont Lopez avait le secret. Mais sans la qualité de sa musique, le livret n’aurait assurément pas trouvé un tel écho chez le mélomanes. Ici, Francis Lopez semble intarissable : son imagination mélodique est au zénith, son sens du rythme, des couleurs orchestrales, sans égal. Porté par un Luis Mariano lui aussi au sommet de la jeune carrière, Lopez enchaine pour Juanito (son personnage) une grande quantités d’airs tous plus entraînants les uns que les autres, depuis son entrée « Ay ay ay, achetez mes alcarazas… » jusqu’au bouleversant « Santa Maria, divine Señora », en passant par « Andalucia mia » et « Olé, torero », les tubes attendus ! Dolorès n’est pas en reste, à qui le compositeur confie des airs élégants et délicats, comme cette impayable « légende du linge » ou son irrésistible valse viennoise au premier acte. Valiente, le politicien du Venezuela amoureux de Fanny, n’est pas en reste : Lopez offre à son baryton un superbe air, « Seul, je vais par tous les chemins… », véritable hymne aux déracinés !

Le 25 octobre 1947, la création d’Andalousie au Théâtre de la Gaîté-Lyrique, à Paris, marquait un tournant dans l’histoire de l’opérette à la française, à laquelle Francis Lopez et Luis Mariano allaient donner pour les vingt années à venir ses plus belles lettres de noblesse.

 

Jean-Jacques Groleau